ET SI TOUT ÉTAIT UNE HISTOIRE DE RENCONTRES ?

Estelle Robin You

Bigresse

Quand certains ont une route toute tracée dès l’enfance ou l’adolescence, d’autres trouvent leur voie un peu par hasard. Rien ne prédestinait Estelle Robin You à devenir productrice, pourtant, aujourd’hui, elle est le fer de lance des Films du Balibari. Rencontre avec une curieuse devenue passionnée !

Lorsqu’Estelle part de Nantes pour l’Irlande, par le biais d’Erasmus et pour finir son LEA, elle ne sait pas encore que ce passage en terre celtique sera déterminant pour son avenir. Nous sommes dans les années 90 et, comme souvent dans la vie, la petite escapade qui ne devait durer que quelques mois se transforme en une histoire d’amour de 10 ans. L’amour d’un pays et peut-être d’un garçon aussi. Maîtrise en poche, elle décide donc de rester à Dublin et commence à bosser au Clarence Hôtel, appartenant au chanteur et au guitariste des célèbres U2. « L’Irlande était alors un pays où tout était possible. J’ai ensuite été embauchée dans une boîte d’informatique américaine au service marketing. Durant 3 ans, en travaillant de manière transfrontalière, j’ai commencé à bosser sur des événements. L’organisation de tournages en faisait partie. » Estelle est encore très jeune et a des envies de découverte. Avec une amie, elle décide de partir un an faire le tour du monde. Un petit break qui l’emmènera sur les terres d’Asie, d’Australie, en Nouvelle-Zélande et en Amérique centrale. « Nous sommes quand même restées 6 mois en Australie pour renflouer les caisses ! » souligne-t-elle. De retour à Dublin après son périple, celle qui avait des copains dans l’audiovisuel se dit que ce serait bien si elle trouvait un job dans la production. Bingo ! L’Irlande est encore le « tigre celtique » à la croissance phénoménale et son passé dans l’événementiel lui ouvre les portes qu’elle cherchait à franchir pour s’épanouir. « J’ai beaucoup appris sur le tas mais dans ma dernière boîte irlandaise, j’ai eu la chance de bénéficier d’une formation continue. On faisait des clips, des fictions télé, des films en costumes et même des documentaires, mais pas super intéressants ! » dit-elle en souriant. Nous sommes alors en 2000 et le mal du pays se fait ressentir, et peut-être l’envie de rejoindre un autre homme aussi… La fin d’un cycle, le début d’une autre histoire. Direction Paris. « J’avais quelques contacts que j’ai forcément activés et j’ai commencé à bosser sur des courts métrages, mais j’avais tout à réapprendre. Les méthodes, les règles, les approches, la langue… tout était différent. » Au bout de quelques mois, les pieds à Paris, le cœur à Nantes, Estelle décide de rejoindre son compagnon en se disant que, peut-être, elle arrêterait le cinéma. « J’ai assez facilement trouvé du boulot ici. J’ai rencontré des gens qui faisaient plein de choses… et on m’a assez vite proposée de réaliser le premier guide des tournages en Pays de la Loire (édité par la Région). C’était très large et j’ai fait encore plus de rencontres qui m’ont permise d’être embauchée sur des long métrages de fiction avec des équipes parisiennes. » Pourtant Estelle ne s’y retrouve pas vraiment ! Elle rencontre alors des producteurs à Nantes, Paul Cornet (Odysséus productions) et Régis Noël (les films du Balibari) sur la production du film de fiction Pénélope. Régis, qui a monté les Films du Balibari, se met à refaire des documentaires et c’est le début de leur association. Nous sommes en 2004/2005 et la vie d’Estelle s’apprête encore à changer… « Il y avait une ligne Balibari (film d’auteur, création…) mais Régis faisait beaucoup de films institutionnels pour gagner sa vie. À deux, on a donné un bon coup de collier ! ». Au même moment, Estelle et son mari engagent une procédure d’adoption. Macha arrive en 2007, Zacharie en 2010. « L’arrivée de Macha m’a donné une grosse impulsion. Si je passais tant de temps à travailler, autant que ce soit pour être à la hauteur de mes ambitions. » Aujourd’hui, Régis a changé de cap et Estelle dirige l’entreprise. Si elle est associée à Point du jour, une société parisienne, elle a également une collègue productrice qui travaille à Lyon. « Il y a peu de sociétés de production en région qui vont du local à l’international. Babilari est identifié internationalement pour la prod. de documentaires, pour la télé et le cinéma. Nous avons produit l’an passé un long-métrage de fiction mais c’est assez rare. En revanche, c’est vraiment un métier passion qui demande de se remettre en question. Ça s’infiltre dans tous les pans de la vie, privée aussi ! On voyage, il y a des coups de fil à pas d’heure… pendant les vacances… » Mais parmi ses productions ses enfants prennent du plaisir à en regarder certains (d’autres les endorment), et aller avec elle aux festivals… Macha a soif de voyage et Zacharie est intéressé par les histoires humaines. « Je les laisse regarder de gros navets mais je les amène aussi voir des films plus ardus ! ». Une certaine forme d’éducation à l’image qui fait écho aux rencontres qu’elle peut faire sur le terrain. « Nous avons certains films adaptés au jeune public et c’est super de pouvoir partager. Après une projection, il y a toujours des discussions et ça n’a pas de prix ! ». Une productrice qui défend des idées et qui espère, pour 2019, une ville accueillante où plus personne ne dort dans les rues ou les gymnases. Bref, une belle rencontre.
Valérie MARION

Les films du Balibari ont toujours une dizaine de films en cours et en sortent plusieurs chaque année. Curieux ?
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