FAIS-MOI PEUR

+ 13 ANS
Malika Ferdjoukh

+/- 20h30

Si vous trouviez Noël un poil barbant, voici la réédition d’un roman qui va vous faire regretter vos paisibles soirées. Le titre sonne comme un défi et c’est réussi ! L’histoire débute par une présentation de l’assassin et l’auteur ne nous épargne pas cette première scène qui va sûrement façonner la cruauté et la perversité de Léo, devenu Monsieur N. Pourtant rien n’excusera ni n’atténuera la violence de ce personnage, ses propos comme ses actes ignobles. En cette veille de Noël, son destin croisera, par un concours de circonstances aussi drôle que stupide, celui de M et Mme Mintz et leurs cinq enfants. Ils s’apprêtent à partir à l’opéra et à laisser, sous la surveillance des aînées, leur petite tribu. Les Mintz ne fêtent pas Noël, ils sont juifs. À moins que la fratrie ne succombe aux cris d’Odette qui réclame un sapin et des pommes de pin en or ? Le caractère diabolique du tueur bousculera cette nuit-là également deux adolescents, Radhia et Gabriel, qui vont vivre leur première rencontre en même temps que la pire expérience de leur vie. Chaque personnage, haut en couleurs, incarne tout ce que déteste Monsieur N, une religion, une couleur de peau, une situation sociale, un handicap. Il est tout entier rempli de haine. Voilà pourquoi et comment la neige, le pop-corn, les bêtises et les premiers flirts vont se transformer en cauchemar. Malika Ferdjoukh dévoile dans ce roman tout son talent pour écrire sans détour, passant de l’horreur à l’humour. On y retrouve son écriture cadencée et rieuse, spécialement dans le portrait qu’elle dresse de la famille, de la grand-mère aux enfants. À cet âge où tout est possible, le mélange des cultures est source de richesse, les croyances se mêlent à l’imaginaire et les amitiés se fichent des différences. À cet âge où tout est permis, on passe de l’euphorie à l’angoisse, bravant la nuit pour sentir les flocons et se pelotonnant quelques instants plus tard apeuré par une ombre. Frissonnants devant M le Maudit, ils jouent à se faire peur. Cuisine à l’huile, découpage et cinéma, la soirée promet d’être inoubliable ! Le scénario est limpide et pourtant le suspense fonctionne. Le thriller sombre et inquiétant laisse s’installer la menace, s’amuse à nous distraire puis nous hérisse brusquement le poil : l’horloge a stoppé son tic tac… silence cardiaque.

Lucie CHARRIER
L’École des loisirs – 1995