L’art et la matière

Audrey Francisco

Bigresse

À 27 ans, Audrey Francisco, une jeune scientifique passée par l’école des Mines de Nantes, vient de recevoir une des bourses l’Oréal-UNESCO For Women in Science. Une reconnaissance qu’elle souhaite partager avec de futurs chercheurs en herbe.

Audrey Francisco n’est pas tombée dans la marmite de la science quand elle était petite. Mais plutôt à l’adolescence, quand des adultes pantois pensent que leurs rejetons traversent une drôle de période. « Je me suis intéressée aux sciences à partir du lycée. Pas seulement à la physique, mais aux sciences en général ». Bac S en poche et intérêt croissant, la jeune femme poursuit en classe préparatoire Maths Sup-Maths Spé, avant d’entrer à l’IMT Atlantique, l’école nationale supérieure des mines de Nantes. « Partie pour être ingénieure » avec un Master Physique des Hautes Énergies, l’étudiante travaille sur le système des réacteurs nucléaires. Elle s’interroge sur mille autres choses, ces sujets « simplement effleurés, ceux qui m’intéressaient et que nous n’avions pas pu creuser ». La curiosité insatiable de la jeune femme, cette « envie de comprendre », la conduit sur le chemin de « la matière ». Ce qui paraît abstrait à un grand nombre de gens s’avère un formidable terrain de jeu pour Audrey Francisco, qui, après un stage au laboratoire de recherche Subatech de Nantes, se lance dans une thèse qui sera décisive. « Ça me plaît, d’essayer de répondre à des questions fondamentales, de générer de la connaissance sur des questions que l’on se pose depuis des millénaires. Comment ça fonctionne ? De quoi est-on fait ? » Son directeur de thèse lui suggère de postuler aux bourses l’Oréal-UNESCO pour les Femmes et la Science, une opportunité pour propulser la carrière des femmes dans un domaine encore largement occupé par les hommes. « C’était comme une évidence pour lui que je pouvais y prétendre, moi je n’y pensais pas ». Audrey Francisco sera dans les 30 lauréates françaises. Et appréciera les apports du programme. « Nous avons eu une formation riche. Leadership, travail autour de la visibilité, comment se construire un réseau… C’est aussi un véritable partage d’expériences. Une arme supplémentaire, qui donne des moyens aux femmes ». Elle, justement, ne s’est jamais posée la question d’être une femme dans le monde de la science. Elle a juste perçu, subrepticement, des comportements différents du fait de son sexe. « Dans l’inconscient collectif, on ne valorise pas les femmes de la même façon ». Si elle n’a pas été victime de discrimination, elle avoue en avoir constaté autour d’elle. « Il ne faut jamais laisser passer ce genre de comportement ». Après cette bourse et cette thèse, soutenue en septembre dernier, la scientifique s’est envolée pour les États-Unis, avec un nouveau poste dans la recherche, à la prestigieuse université de Yale, dans le Connecticut. « Cette reconnaissance extérieure nous rend légitimes. Elle nous donne confiance ». L’année 2019 la plongera pleinement dans cette aventure post-doctorat, avec l’excitation « de voir comment la recherche fonctionne aux USA et de continuer à comprendre les particules fondamentales et leurs interactions. C’est fascinant. » dit-elle en souriant. Un(e) scientifique serait-il toujours monomaniaque ? Elle rit. « Non, je suis normale ! J’aime beaucoup lire, aller au cinéma. Je fais de la danse classique aussi… ».  Audrey Francisco compte rester 2-3 ans de l’autre côté de l’Atlantique. Puis revenir en France. Celle qui « suit mes envies dans ce milieu compétitif qu’est la recherche » a un projet qui lui tient à cœur : « Mettre en place des interventions dans des collèges et lycées pour aider les élèves à se représenter les femmes dans des métiers scientifiques », mais ce sera pour après 2019. Un désir commun avec les autres lauréates, pour qu’un jour cette bourse qui l’a aidée, « n’ait plus lieu d’être ».

Elsa Gambin