(L)IVRE DE JEUNESSE

Guillaume Le Cornec

Bigresse

Auteur à succès de romans jeunesse, Guillaume Le Cornec réinvente le polar de clan qui a bercé nos enfances. Et permet aux ados de poser un regard pertinent sur la fragilité de notre monde, sans édulcorer le bonheur de la lecture.

Il le dit lui-même, ému comme un môme. Il a « halluciné ». De la fulgurance du succès. Du plaisir de voir « des paillettes dans les yeux des ados » quand ils parlent de son livre. Du bonheur brut qui en découle. « Ça fait deux ans que j’ai pas touché terre ». Guillaume Le Cornec s’est réinventé à l’approche de la cinquantaine. Historien de formation, ancien journaliste, lui et sa femme quittent la  folie parisienne pour la douceur des bords de Loire, et créent à Nantes, en 2010, Ustensiles, « une agence de com’ plutôt branchée médiation culturelle et scientifique au profit de la jeunesse ». La jeunesse, déjà, comme un mantra. Et puis un jour, la question que personne n’ose se poser. « C’était quoi, au fait, nos rêves de jeunesse ? ». Lui s’était fait une promesse, à 10 ans, à la lecture de son premier Arsène Lupin : « je serai auteur ». Un article de la presse locale sur un trésor retrouvé et l’imagination s’emballe. Quarante-cinq jours d’écriture, et, au bout, un premier roman, L’île aux panthères. Surtout, la naissance des JAXON, cinq ados débrouillards et intrépides. Un geek de génie, une orpheline milliardaire, une ninja téméraire, un guerrier à gadgets et un jeune hypermnésique. Un « polar de clan » haletant et moderne, un Club des Cinq 3.0, une intrigue liée aux préoccupations actuelles, politiques, écologiques, sociétales. Prêt à la patience, le jeune auteur envoie son manuscrit aux éditions du Rocher. Qui disent banco une poignée de jours plus tard. Sorti en avril 2017, le bouquin pour « les kids », comme les appelle affectueusement Guillaume Le Cornec, reçoit d’élogieuses critiques. Une page jeunesse de Télérama plus tard, et voilà les JAXON qui courent les festivals, remportent le prix du meilleur polar au festival Bloody Fleury, font un saut au grand salon du livre jeunesse de Montreuil. Qu’à cela ne tienne, les talentueux JAXON possèdent à la fois la fougue de la jeunesse, l’imagination sans limite de leur créateur et l’inspiration d’un monde sur le déclin. Le tome 2, La presqu’île empoisonnée, sort en juin dernier. Entre temps, l’auteur prometteur est devenu directeur de collection jeunesse aux éditions du Rocher, qui souhaitent déployer cet axe. Le succès est encore là. Les cinq personnages sont fermement ancrés dans notre contemporanéité. « Je voulais écrire des romans moins dark que les dystopies, et moins cyniques que la littérature adulte. Mais les JAXON ne sont pas dans un monde de Bisounours. Et ils sont surtout là pour donner des clefs de questionnement à la jeunesse sur le monde ». Une jeunesse qui en redemande. Lors d’interventions dans les collèges, le papa des JAXON voit des gamins qui, suite à la lecture du livre,  « ont envie de changer le monde ». Utiliser des personnages de fiction pour les mettre au service des grandes questions de société. Sans oublier le plaisir de la lecture. Un pari réussi pour l’auteur, qui ne souhaite pas s’arrêter là et continuer à parler aux ados. Alors il crée. Des médiations et énigmes culturelles au château des Ducs, au Chronographe… Et prépare « une plateforme d’aide à la construction de récit » à destination de l’éducation nationale. Pour que l’adolescence d’aujourd’hui se réapproprie la parole et l’écrit. Déjà, il expérimente cet outil avec un collège de l’éducation prioritaire. Les jeunes repartiront avec le livre qu’ils auront écrit. Guillaume le Cornec va vite. Au même rythme que cette jeunesse qu’il affectionne tant. Effet collatéral, nous dit-il, le regard brillant, « les mômes voient que leurs rêves de jeunesse sont possibles ». La plus belle des récompenses.

Elsa Gambin