MAIRE & MÈRE, ENGAGÉE !

Johanna Rolland

Bigresse

Quand l’idée nous est venue d’interviewer Johanna Rolland pour en faire une Bigresse, on avait prévu un plan B… Sauf que la jeune Maire de Nantes, seule femme à présider une grande métropole, a accepté sans difficulté ! Rencontre.

C’est à Vertou que Madame le Maire de Nantes grandit. Elle est élevée par une mère institutrice et chrétienne, et un père syndicaliste anticlérical. « Une vraie famille de l’Ouest avec comme points communs l’attention aux autres et un certain sens de l’engagement » dit-elle. Une prépa à Guist’hau, Science Po Lille puis Grenoble, elle arrive ensuite au Creusot (en Saône-et-Loire) où elle passe de la théorie à la pratique. « J’ai été recrutée sur un poste équivalent du GPV (Grand Projet de Ville) de Malakoff, en charge de projets de concertation avec les jeunes et les mamans de quartiers populaires. Je travaillais avec une équipe issue du terrain où chacun a vraiment pu s’enrichir des expériences de l’autre. Ça a été très formateur ». Un premier emploi qui lui aura donné ce goût immodéré (selon ses propres propos) pour la démocratie participative.
Lorsqu’elle décide de revenir à Nantes, Johanna Rolland arrive sans avoir trouvé de job ! Si elle se sait de gauche, elle n’est pas encartée. « Je n’étais pas adhérente par choix car je trouvais déjà qu’il y avait un peu de ménage à faire dans les partis politiques. Je n’ai pas vraiment changé de point de vue » affirme-t-elle, sourire aux lèvres. Nous sommes en 2004 et elle ne connaît donc personne au Parti Socialiste, personne à la Ville, mais tente des candidatures notamment sur des postes « démocratie participative ». « C’est mon ancien responsable au Creusot qui m’a informée que Jean-Marc Ayrault recherchait un attaché parlementaire et m’a incitée à postuler ». Un premier poste qui lui permet de devenir rapidement Adjointe à l’Éducation et la Jeunesse et Vice-Présidente de la Métropole. Une ascension fulgurante alors même, qu’en parallèle, elle donne naissance à un petit garçon (de 9 ans aujourd’hui) et à une petite fille (de 7 ans maintenant).
Alors, comment fait-elle ? « Comme toutes les mamans qui travaillent, on s’organise et on fait de son mieux ! Je n’oublie jamais qu’ils sont ce qu’il y a de plus important dans ma vie et, pour profiter de moments privilégiés, il faut concilier. Mais avec un mari qui fait beaucoup de choses, c’est plus facile. » Le mari de Johanna Rolland, qui est professeur des écoles, fait mieux la cuisine qu’elle et prend en charge les enfants tous les soirs ! « J’ai fait un vrai choix, celui de m’occuper de mes enfants tous les matins avant de les emmener à l’école. Dans ce temps qui nous appartient, nous partageons joies, peines, histoires… Je crois que ce qui compte c’est d’être dans le quotidien. C’est important pour eux mais aussi pour moi. ». Si Johanna Rolland est très attentive à la séparation des sphères familiale et publique, elle avoue sa chance d’être accompagnée par un mari qui n’est pas engagé en politique. « Quand je rentre chez moi, c’est un autre espace… ». Un soutien également valable le week-end ! « La nature de mon engagement implique d’aller à la rencontre des Nantais quand ils sont disponibles ». Être Maire d’une ville, c’est être au service des autres ! Pour Johanna Rolland, c’est vouloir faire bouger les choses, c’est donner sa chance à chacun en faisant de l’égalité une priorité. Son itinéraire atteste de ses engagements dans des associations, dans l’humanitaire… la politique n’est qu’une suite logique à son parcours. « J’aime toujours refaire le monde en buvant un café avec les copains mais j’ai choisi de passer à l’action ! »
Quand on aborde avec elle les difficultés qu’elle a pu rencontrer en tant que femme dans un univers toujours assez masculin, elle précise que les choses se sont faites par étapes mais qu’à Nantes, elle n’a pas eu à s’imposer plus qu’un homme. « Je m’en suis plus rendu compte à l’extérieur. Par exemple, lorsque j’étais en campagne, les journalistes voulaient tous savoir « ce que ça fait d’être une jeune femme candidate dans une grande ville ? » Je refusais systématiquement de répondre car je déteste définir les gens par leur genre, leur quartier, leur famille… Je suis très attachée à l’émancipation ».
Des valeurs qu’elle a aussi forgées grâce à son éducation. « J’ai eu la chance de grandir dans une famille où l’on me disait qu’il fallait faire des études pour être libre de faire ce que l’on veut plus tard. C’est quelque chose de très précieux dans la construction d’un enfant et qui continue à m’habiter ». D’autres rencontres l’ont aussi confortée dans ce tempérament bien trempé. « Robert Badinter, curieux de mon parcours, m’a donné un conseil « de vieil homme », comme il me l’a annoncé : suivez toujours votre intuition et n’écoutez pas trop les autres ! » Elle ajoute « si être Maire d’une ville ne s’improvise pas, prendre des décisions politiques, ce n’est pas toujours suivre l’air du temps. Quand une personne de cette envergure vous adresse ce type de message, vous ne l’oubliez pas ».
Pour 2019, Johanna Rolland fait le vœu que Nantes continue à bouillonner pour que chacun puisse choisir son parcours. La question des migrants la préoccupe toujours. « Nantes n’est pas une ville isolée du reste du monde. Avec la montée des populistes en Europe, du repli sur soi, j’aimerais que nous développions une vision positive. Je garde l’espoir que l’autre soit d’abord une richesse, que l’on puisse mener fièrement la bataille des idées. Il faut assumer, il faut y aller ! ».

Valérie MARION