Mon livre ce héros, ses super-pouvoirs… (1)

DES LIVRES ET…

Dossier : Mon livre ce héros, ses super-pouvoirs...

À tout âge le livre a des effets magiques. En pleine période de rentrée littéraire, nous vous emmenons à la rencontre des acteurs de terrain, ceux qui vous rapprochent des livres au quotidien. Un virus qu’on a plaisir à attraper !

DES LIVRES ET…
Après 22 ans d’enseignement en école maternelle, Tifenn Rousseau a décidé de consacrer sa vie aux livres, ou plutôt, aux lecteurs. Désormais titulaire d’un master pro’ en littérature jeunesse et bibliothécaire à temps partiel, elle a récemment créé une structure de médiation et de formation au livre et à la lecture. Autant vous dire qu’en matière de bouquins, elle en connaît un rayon ! Nous avons donc levé le doigt pour lui demander « Dis Tifenn, à quoi ça sert de lire ? ».

À partir de quel âge préconises-tu l’apprentissage de la lecture ?
L’immersion dans le langage commence très tôt, dès les premières berceuses que l’on chante à son bébé pour l’endormir, puis avec les petites comptines qui habituent l’enfant à écouter. L’enfant entend et comprend, pas encore comme l’adulte, mais il se familiarise avec la musicalité de la langue et le rythme des mots. Ces étapes sont importantes car elles préparent en quelque sorte le terrain à l’apprentissage de la lecture. Ensuite, le rituel de l’histoire du soir calé dans les bras de papa ou maman est également un joli moyen d’inscrire le livre dans des souvenirs heureux et de donner à l’enfant l’envie de devenir lecteur à son tour… C’est pour cela que le livre audio me paraît moins pertinent car il n’offre pas ce moment de partage, tandis que lire (et surtout relire) chaque soir la même histoire donne des repères sécurisants à l’enfant. Cela lui permet de se construire en surmontant ses peurs dans un environnement rassurant.

Quels souvenirs gardes-tu de ton expérience d’enseignante ?
J’avais une vision assez naïve de l’école en début de carrière, pensant qu’elle pouvait pallier toutes les lacunes. De fait, entre 0 et 3 ans, rien n’est joué. À 3 ans on arrive à l’école et on peut déjà observer des différences entre les enfants qui ont baigné dans le langage et ceux qui en ont été plus éloignés. Ce qui m’a rendue très triste, c’est de voir des petits enfants en situation de grande frustration car ils manquaient de mots pour se faire comprendre, alors que d’autres verbalisaient aisément leur ressenti. Le langage est un patrimoine commun, il permet aussi de prendre sa place dans un groupe. L’accès aux mots est un vecteur essentiel d’inclusion sociale, c’est très frappant dès les premières années d’école.

La lecture et le langage entretiennent donc un lien intime ?
Pour comprendre on peut distinguer deux niveaux de langage : le premier est celui du quotidien, il va permettre à l’enfant de se familiariser avec son environnement. « Mets ton manteau ! Veux-tu des céréales ? Tiens, il pleut aujourd’hui.» il s’agit d’une langue factuelle, qui utilise un vocabulaire basique. Le second langage est celui du récit, beaucoup plus riche, qui développe l’imaginaire et permet d’engranger des mots, des sensations et des sentiments. Au fil du temps, il permet de se construire en tant qu’individu… C’est là que réside le pouvoir magique du livre à mon sens, par le récit, il ouvre les portes du plaisir, la musique des mots, le rythme de l’histoire, le pouvoir illimité de l’imaginaire… Le livre offre tout ça et plus encore, surtout si c’est un plaisir partagé, en lisant pour son enfant, son conjoint, pour une personne âgée, pour des amis… La lecture ne condamne pas à la solitude, loin de là…

Est-ce que toutes les lectures se valent ?
J’entends parfois à la bibliothèque des parents dire à leur enfant « Ne prends pas une BD, choisis plutôt un vrai livre », tout comme parfois on me demande si lire un manga c’est vraiment lire. Je crois que la réponse à ces interrogations est assez simple : là où il y a du plaisir il est toujours bon de lire. Même s’il s’agit d’un livre sans texte, même s’il s’agit de trouver Charlie, le livre existe à travers les sensations qu’il procure. On se rappelle longtemps de l’odeur de nos livres d’enfance, de la texture des pages, de la fine poussière sur la tranche qui s’envole dans un rai de lumière lorsqu’on souffle dessus… Le livre reste toute la vie notre premier passeport vers le rêve !

Propos recueillis par Manuella Unal

Pour écouter des histoires en groupe ou participer à un atelier de lecture en famille, contactez Tifenn Rousseau au 06 62 79 35 59 ou tifenn.rousseau.lire@gmail.com