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Jeanne Duval

Bigresse

Rendez-vous au skatepark ! Non pas pour se risquer sur une planche, quoique le CHU soit tout proche… mais pour rencontrer Jeanne Duval, LA skateuse Nantaise ! Représentante d’un sport urbain de plus en plus populaire, ouvert et mixte.

Parmi les riders qui se trouvent là, en ce début d’après-midi, une silhouette se détache. Tout de noir vêtue, pantalon large et Vans de rigueur, le bonnet vissé sur la tête laissant dépasser de longs cheveux blonds, elle s’élance. L’allure est fluide, les mouvements ont du style et d’après la technique, on sent un caractère affirmé. Il faut dire que Jeanne, qui a aujourd’hui 21 ans, a commencé le skate en 6ème, ça aide…
Dans sa famille, ils faisaient tous de l’équitation, alors lorsque la benjamine a voulu s’adonner à une activité sportive plutôt masculine, ça n’a pas été si simple. « J’étais un vrai garçon manqué, il fallait que je canalise mon énergie et je n’étais pas forcément acceptée au collège, trop atypique… surtout pour La Baule ! » Elle n’ira donc pas cruiser sur le remblai mais c’est dans la rue et sur la place du marché que Jeanne va s’entraîner. Avec l’arrivée d’un skatepark, elle devient encore plus accro. « La première fois, quand tu arrives, ça fout les chocottes et puis comme tu tombes comme un mec, tu te fais vite accepter ! » Étudiante à Nantes, c’est en toute logique qu’elle est venue s’installer près de la rampe de la chaussée de la Madeleine. Elle suit alors une prépa Kiné. « À force de chutes et d’entorses, je me suis intéressée à ce métier, pour me soigner aussi ! » Elle arrête pour faire médecine et intègre au même moment l’équipe de France. Mais avec des compétitions qui l’entraînent aux 4 coins du monde, il lui est alors difficile de faire les deux. Le skate l’emporte ! « C’est ma respiration, je pense et je vis skate ! » Seulement ce sera haro sur la compét’. Elle a bien participé au championnat de France à Nantes en 2016 et gagné plusieurs podiums, mais finalement ce n’est pas son truc. De même qu’elle a été sélectionnée pour représenter la France aux jeux olympiques de Tokyo en 2020, mais elle vient de décliner l’offre. « C’est pas trop dans l’esprit du skate de désigner un vainqueur. » À l’entendre, c’est surtout une histoire de fun, un art de vivre et plus une quête personnelle qu’un sport de gagne ! On entend aussi que pour s’imposer dans cet univers masculin, il faut avoir un style. Celui de Jeanne n’est pas dans la démonstration ou l’excès. « Je ne cherche pas à me faire mal, je privilégie les tricks (figures) bien exécutés, les enchaînements fluides… il faut que ce soit beau. » À l’image de son compte Instagram où l’esthétisme est recherché. Ami photographe, copains, copines, skateurs et fans alimentent son compte en clichés et vidéos qui concourent à sa légende urbaine… Suivie par 12 000 followers, Jeanne a gagné en popularité et a obtenu de la boutique NDJ à Nantes le financement de ses planches. À raison d’une par semaine, il fallait bien ! Évidemment pour vivre de sa passion, il lui faudrait plus de sponsors mais elle n’en cherche pas forcément, à eux de venir la trouver ! Car même si les filles restent rares dans le milieu, elles sont de plus en plus abordées par les marques. Au-delà d’avoir des contrats à l’égal d’un garçon, Jeanne défend avant tout l’idée de voir plus de filles pratiquer ce sport. « Encore aujourd’hui, quand des nouvelles arrivent au skatepark, elles sont toutes timides et roulent plutôt autour. Il n’y a pas vraiment de codes pour s’élancer à part la politesse et trouver le bon créneau pour le faire… » Question de caractère aussi ! « Il y a trois ans encore, j’étais la seule à venir rouler. Aujourd’hui, nous sommes une dizaine. » Les mentalités changent aussi et des skateuses plus médiatisées créent des vocations. Jeanne n’a pourtant pas de modèles, des sportives l’ont juste inspirée. À l’image de son sport, elle reste libre et autonome et l’approche d’une nouvelle année ne devrait pas la changer. « En 2019 ? Je veux continuer à me lever avec le sourire et faire plein de skate parce qu’au fond c’est aussi un moteur pour rencontrer plein de gens ». En effet, c’est une belle rencontre !

Ann Daloune