(RE)PENSER LES COULEURS

Le collectif Appelle moi papa

Bigresse

Les 5 graphistes nantais du collectif Appelle moi papa revisitent formes et couleurs à travers la diversité de leurs créations. Qui se pensent toutes en groupe ? La preuve que oui, car l’union fait la force.
Créer en collectif. C’est l’expression qui revient le plus souvent. Les graphistes d’Appelle moi papa forment une hydre à cinq têtes (pensantes), pour qui l’émulation commune est le fer de lance -et la réussite- de leur travail. Une bande de potes talentueux, rencontrés sur les bancs du BTS communication visuelle de Montaigu, inséparables depuis. Une inspiration soudaine lors d’une saison à Belle-Île-en-Mer en 2009 les pousse à une colocation, puis donne naissance à l’association, début 2010. Aujourd’hui devenue une SCOP, « où chacun est une voix égalitaire », le quintet ne vit plus ensemble mais continue à faire travailler ses neurones chaque jour dans un open space lumineux, rempli de Macintosh et d’affiches. Depuis 2013, entre les murs d’une ancienne usine rezéenne retapée, face à une cour d’école où résonnent les cris des enfants, Jonathan, Lucie, Kévin, Tom et Marie ont réussi à trouver un équilibre dans ce travail collectif. « On se concerte beaucoup, on se valide les uns les autres ». Et ça marche. Fort de leur esthétisme, à présent aisément reconnaissable pour les Nantais, le groupe égrène idées et couleurs jusqu’aux affiches du métro parisien, pour l’Arte Concert festival. Une forme de notoriété avec laquelle ils cohabitent, modestes, conscients de leur chance. « Maintenant, on nous appelle souvent pour notre patte, pour des projets créatifs stimulants ». Le tournant ? La fameuse Cantine du Voyage à Nantes, une création « dans l’espace, qui sortait du papier ». Un projet visible, accompagné de la renommée du VAN. Et la team ne s’arrête pas là, en maniant aujourd’hui l’art de la sérigraphie. « C’est une pratique qui nous a sans doute amené vers quelque chose d’encore plus créatif. Et aussi une technique qui nous a sorti de notre zone de confort ». Paradoxalement, en acceptant de composer avec une gamme de couleurs plus limitée due aux contraintes de la pratique, les artistes ont redéfini un style, à la fois minimaliste et percutant, qui plaît à tous les âges. « La sérigraphie nous a permis de travailler la couleur de manière plus brute, de simplifier. On a à cœur de faire un graphisme accessible ». D’un travail souvent qualifié « d’impertinent » à leurs débuts (l’audace de la jeunesse sans doute), la petite troupe a aujourd’hui un style élégant et actuel (la sagesse de la trentaine, qui sait), qui se reflète dans la très belle affiche des Rendez-vous de l’Erdre 2017, où un héron effronté dévoilait ses couleurs chatoyantes. Curieux, nos 5 graphistes puisent leur inspiration un peu partout, les voyages, l’histoire de l’art, avec un goût prononcé pour les affiches rétro. « On aime particulièrement revisiter les codes graphiques populaires, prendre une matière existante pour l’éplucher et l’actualiser ». Cet été, toujours à la Cantine, le collectif au nom punchy, détournement sympa « de l’expression tendancieuse Call me Daddy », a pensé le playground La Colline. Toute en rondeurs et couleurs soutenues, cette aire de jeu qui « laisse libre cours à l’imagination des enfants », a permis aux créateurs de travailler avec d’autres corps de métiers, en suivant le processus de fabrication de leur bébé vallonné. « On avait aussi pensé à un parcours plus classique, mais finalement la Colline permet à l’enfant de créer son propre jeu ». Un autre dada, pour ces penseurs d’une nouvelle esthétique qui se découvre une appétence « et une motivation pour l’espace, la scénographie, les installations ». Toujours avec le souci « de tendre vers une plus grande exigence ». Avec raison, ils sont fiers de ce boulot à la Cantine, de faire l’affiche de la prochaine édition des Rendez-vous de l’Erdre et de préparer une nouvelle expo. Et quitte «à se faire plaisir créativement parlant», pourquoi ne pas rêver un jour d’une collaboration avec l’univers de la mode et du luxe, qui serait, à n’en pas douter, revigoré par les idées d’un collectif «qui aime parler aux gens avec la couleur».
Elsa GAMBIN
→  appellemoipapa.fr