ROCK’ (NANTES)’ ROLL

Des expos, des scènes… le rock à Nantes

Dossier Rock, couleur et nature, Dossiers

En suivant la ligne verte, on emprunte la route pavée du rock, on va vers la couleur, on s’offre un bain de verdure. Tout un périple qui nous amène sur des sentiers inexplorés. De la découverte donc, en commençant par le rock à la nantaise. Suivez le petit parcours concocté par BIGRE : surprises garanties. Alors, en espadrilles ou en bottes de caoutchouc, on sort !
Par Valérie MARION (et la rédaction)

ROCK ! UNE HISTOIRE NANTAISE
Dans les années 80, quand on parlait rock, on n’avait que Rennes à la bouche. Marquis de Sade, Daho ou encore Niagara, les groupes émergeants de ce petit bout de Bretagne diffusaient un parfum sexy jusqu’à la capitale. Mais dans les années 90, petit retournement de situation ! Les groupes nantais débarquent, « révolutionnent » la chanson française, embrassent l’électro et se font enfin remarquer au-delà du département. Étape incontournable pour briller en société, visitez l’expo Rock ! au Château de Nantes, pour parfaire votre culture musicale des années 60 à nos jours et récolter des arguments béton. La première basse fabriquée maison (de Daniel Bonnet des Sunsets, 1961), la reconstitution du studio de répèt’ des Elmer Food Beat, la chambre des premiers émois d’ado de Dominique A… de l’écoute de titres en veux-tu, en voilà… l’expo retrace une partie de la scène rock made in Nantes, un rock qui fricote avec la chanson, le jazz, la world, la tech’ et même le « breizhou ». Vous pourrez écouter au téléphone Philippe Katerine vous parler de son passage dans la ville et surtout découvrir des groupes qui vous auraient échappé. Petit must de l’expo, pendant que vous cultivez votre esprit rock, les gamins, qu’ils soient petits ou grands, peuvent jouer de la batterie ou de la guitare au casque ! Un bon test pour voir s’ils ont le sens du rythme avant de leur payer un prof perso.

ROCK ! UNE HISTOIRE PLUS OBSCURE
Chez BIGRE, quand nous sommes allés voir l’expo, on a trouvé ça bien. Surtout le début ! Mais, nous nous sommes aussi dit qu’il manquait des trucs : des groupes, des asso’, des festivals, des radios… tout un petit monde qui fait, à un moment, que la ville est rock, qu’on sait ce qui s’y passe, qu’elle devient un territoire d’émergence et de découverte. Parce que ces artistes cités dans l’expo, s’ils n’avaient pas pu écouter la FM, découvrir des petits et grands groupes sur scène, qu’est-ce qu’ils auraient fait ? À part Trempolino, le Majestic devenu l’Olympic puis Stereolux, le Floride… Des lieux presque mythiques nous ont permis de nous aventurer dans des chemins de traverse, de voir les premiers pas de grands noms et… de faire la fête ! Car la musique, c’est l’écoute, c’est la danse, c’est aussi la communion de gens qui vivent une expérience ensemble. Et ce sont des individus qui généreusement donnent de leur temps pour toutes ces découvertes. Souvenirs, souvenirs pour tous ceux qui ont vécu tout ça. Pour les curieux et pour tous ceux qui débarquent à Nantes pour quelques jours ou pour longtemps, ça se passe par là…

On my radio
Ici, pour rester branché sur les ondes, on ratisse large la bande FM (pour toute la famille) : Prun’ (92), JetFM (91.2), SUN (93), Euradionantes (101.3) ou Alternantes (98.1). Mais pour les grands curieux qui, en plus, sont à la pointe de la technologie, une webradio longtemps pirate diffuse maintenant un streaming des plus intéressants et pointus. Nous avons nommé Radio Mulot aka France Museau ! Une adresse : http://fieldmice.free.fr/mulot.htm Attention : pour oreilles averties !

L’underground à la nantaise
Quand Pierre Henry a sorti « Psyché Rock » en 1967, le titre de l’artiste issu des mouvements de musique concrète et industrielle fut perçu comme expérimental. Aujourd’hui considéré comme grand classique, il nous permet d’affirmer que la musique expérimentale est à l’avenir ce que l’imagination est au créatif. Et notre territoire ne manque pas d’associations qui l’ont compris. Apo33, Cable#, Set/30’ ou encore Intervention expérimentale, toutes se démènent pour nous proposer des écoutes (concerts ou festivals) qui fleurent bon l’invention. D’ailleurs, les mélomanes viennent de loin pour découvrir leurs trouvailles. Mais l’indé n’est pas en reste. Yamoy (et son festival Soy), Force Béton, les Black House session ou les « petits jeunes » de l’Ère de rien, entre festivals rassembleurs et sessions underground, les programmations de ces assos. nous ont fait ou font vivre des moments de transe. Une région où l’électro a aussi son mot à dire. Avec feues les soirées WAF, par exemple, qui ont marqué toute une génération, les Paradise, ou depuis peu le festival Paco Tyson qui se décline aussi en sets ! Nantes a aussi été une des premières villes à organiser des Fightpod, moments conviviaux où chacun venait montrer qui était le boss en matière de dégainage de MP3. Bref, Nantes et ses environs, c’est un gros brassage de fans de musique qui se mélangent (ou pas), qui font du département un endroit où il y a toujours quantité de sorties rock au sens large, parfois loin d’un musée, parfois dans le musée. Alors pour rester informé et se décrasser les oreilles, on garde Grabuge dans sa poche de jean. Le petit frère du grand Pulsomatic (arrêté en février 2016 après 18 ans de publication) a un agenda qui déboîte !

SANS CES LIEUX, ON EST MAL
Groupes en émergence, public en transe. Avant de se retrouver avec son nom épinglé sur un cartel de musée, tous les groupes commencent par de petites scènes… Si Nantes est bien connue pour son aura culturelle, les petits café-concert du centre-ville ont presque tous disparu. Il nous reste quand-même quelques endroits indé qui, si vous ne les connaissez pas, sont des petits paradis pour noctambules mélomanes. Une sélection à découvrir avec son casque anti-bruit si on amène les petits !

Les blockhaus et surtout le Blockhaus DY10
En 1995, quelques « apprentis » architectes et plasticiens investissent ce lieu singulier nommé Blockhaus DY10. Véritable espace d’expérimentation où les arts se croisent, nombreux sont ceux qui sont passés par là, à un moment où l’autre de leur carrière de musiciens ou de plasticiens. Deux associations y organisent des événements : Set/30’ (concert) et _Haus (expo), et il n’est pas rare qu’elles collaborent. Y sont passés, pêle-mêle, des groupes/musiciens comme Kasper Toeplitz, Will Guthrie, Sister Iodine, France, Massane Sani, Violence conjugale ou Super Parquet… Côté Nantais, Robonom, La Kuizine, Subutex Social Club, Bâton, Disco Anti Napoléon (DAN), Lenparrot, Republic of Dahu, Mathias Delplanque ou encore Rocade, qui ouvre le bal de la Nuit du Van, ont tapé du pied sur le béton de ce Blockhaus, dernier espace d’expérimentation encore libre de l’Île de Nantes. Presque tous les vendredis (sauf l’été, pas de bol c’est la trêve des confiseurs mais ça reprend début septembre), durant une demie heure et à 20h pétante, un groupe vient jouer son set. Trois balles l’entrée avec un soft ou une binouze, que ce soit un artiste connu qui veut passer là avant de se produire au lieu unique par exemple, ou un groupe émergeant qui fait un de ses premiers concerts. C’est le concept du set/30’.
Deux autres Blockhaus ont été aménagés dans ce quartier de la création : Trempolino (campus musical & plateforme d’accompagnement) et le Hub (studio aux dimensions bien plus modestes et concerts de qualité).
Set/30’ → facebook.com/set30dy10 • _Haus (exposition de Pierre Besson jusqu’au 8 juillet) → haus-block.fr • Trempolino → trempo.com • Le Hub → facebook.com/Hub-Nantes-189277001429319

Ferrailleur ou Scène Michelet ?
Institutions nantaises, ces deux scènes sont surtout réputées pour leur programmation qui sent bon le métal, hume le hardcore. Mais l’éventail s’ouvre aussi sur un plus large choix punk, pop et même hip hop… Le démon de la danse hante ces scènes à taille humaine.
Le Ferrailleur → leferrailleur.fr • Scène Michelet → facebook.com/scenemichelet

Le Grigri, Pol’N ou Les ateliers de Bitche ?
Indé, expé, rock… le choix n’est pas limité dans ces salles qui accueillent des groupes qui tournent surtout dans de « petits » lieux. En gros, c’est du bon, du lourd, mais pas toujours pour un public non averti. Ça dépend et c’est de la découverte garantie.
Le Grigri : 12 rue Ampère à La Chapelle sur Erdre • Pol’N → pol-n.org • Les ateliers de Bitche (réouverture après travaux prévue en septembre) → ateliersdebitche.org

Le Chien Stupide, le Café du cinéma, le Bras de fer, le Dynamo café ou le Cafk… ?
Pour notre sélection rock au sens large, voici un parcours bigrement rythmé chez nos cafetiers. Ici, ça chaloupe du bassin, ça ouvre ses portes aux organisateurs de concerts (comme par exemple les Back to garage), ça défend l’idée qu’un centre-ville doit vibrer aux sons garage rock, glam rock, grunge, hard rock, heavy metal, krautrock, punk rock, rockabilly, rock alternatif, rock expérimental, rock progressif, rock psychédélique, rock sudiste, soft et surf rock… Et on en passe !

Pour conclure, si vous en avez ras-le pompon de « Libérée, Délivrée. C’est décidé, je m’en vais. J’ai laissé mon enfance en été… », sortez des sentiers battus avec vos petits rockeurs en herbe dont l’oreille a juste besoin d’entendre des choses diverses.

INSIDE & OUTSIDE
Daniel Firman
On a vu plus rock’n’roll que le théâtre Graslin, mais y mettre un pied est toujours une expérience. Et là, elle n’en est que plus étonnante puisque Daniel Firman y installe une œuvre où un corps en cristal soufflé est traversé par un flux devenant luminescent (un néon nouvelle génération !). Une pièce musicale et un film complètent ce Inside. Outside, en revanche, investit un tout autre espace hors norme, bien plus rock. Dans les sous-sols du Carré Feydeau, lieu jamais ouvert au public jusqu’à présent, l’artiste nous surprend notamment par la taille monumentale des pièces exposées. Something strange happened here est à la fois une œuvre et l’impression ressentie lorsque l’on arpente cet espace aussi vaste qu’obscur. Les détournements d’objets sont ici récurrents et dévoilent des installations énigmatiques qui jouent des perceptions. L’œuvre Luxman, platine disque qui tourne sur elle-même laissant immobile un verre de bière posé dessus, ne diffuse plus que le son de son propre mouvement. Dry Wash unit les contraires entre le sec et l’humide, le sèche-linge et la machine à laver ! Mais c’est avec Drone Project, en référence à la drone music, que l’artiste devient le plus rock. Ici, trois guitares électriques motorisées tournent autour d’un axe. Un médiator frotte alors les cordes pour des accords « dronements » fantastiques. Même si vous êtes insensibles à ce genre d’installations, rien que la découverte de ce lieu atypique (et pourtant sorti de terre en 2013) vaut son pesant de cacahuètes. Et pour les enfants, à part pour les froussards du noir, c’est gentiment surprenant.
// INSIDE, THÉÂTRE GRASLIN (NANTES), ACCÈS RUE CORNEILLE, DU 30 JUIN AU 26 AOÛT. GRATUIT.
// OUTSIDE, CARRÉE FEYDEAU (NANTES), ACCÈS PAR LE 27 DU PARVIS NEPTUNE, MÊMES DATES. GRATUIT. → LEVOYAGEANANTES.FR

fluides
Céleste Boursier-Mougenot
Ceux qui arpentaient les rues nantaises l’été 2009 ont déjà pu découvrir le travail de Céleste Boursier-Mougenot, place du Bouffay, avec son installation From here to ear v.8. Il revient cette année pour une exposition personnelle et réadapte cette pièce qui avait suscité la curiosité du public. Retour donc de cette immense volière où des mandarins ont pour perchoir des guitares électriques. Une partition aléatoire se joue alors au gré de ces volatiles qui, comme des musiciens adeptes de la scène new-yorkaise allant du punk à la musique expérimentale, improvisent des accords à vide (powerchords). Musicien de formation, c’est au début des années 90 que C.B-M. développe une pratique influencée par le mouvement Fluxus, le Land Art et l’art minimal. L’instrument devient alors le support de création plastique où le vivant (arbres, oiseaux, abeilles…) et des objets (guitare, cintres, ventilateurs…), produisent des formes en mouvement. In situ, ses installations prennent également en considération les aspects architecturaux et environnementaux. Pour cette exposition, au moins deux autres œuvres viennent investir l’espace de la Hab Galerie. L’expérience sensorielle, autant tactile, auditive que visuelle, plonge le visiteur dans un dispositif immersif où il est nul besoin d’avoir étudié l’histoire de l’art pour ressentir la portée de l’œuvre. Pour tout public donc !
// fluides, À LA HAB GALERIE (NANTES – HANGAR À BANANES), JUSQU’AU 30 SEPTEMBRE. GRATUIT. → LEVOYAGEANANTES.FR

DU CARRÉ FEYDEAU À LA HAB GALERIE, BALADE AVEC LES KIDS
Il va falloir se lever tôt pour faire les deux expos citées ici tout en amusant les enfants. À moins que vous ne sautiez quelques étapes… Mais entre Outside et fluides, des installations des anciennes éditions du Voyage à Nantes sont restées pour le plus grand plaisir des kids. Pêle-mêle, on vous les cite : Ping Pong Park de Laurent Perbos (square Mabon – balles et raquettes dispo au restaurant Au bureau), L’Arbre à basket de l’Agence A/lta (Parc des Chantiers – attention alerte manèges ! à proximité immédiate des Machines de l’Île et du Carrousel des Mondes Marins), On va marcher sur la lune (et sauter sur des trampolines – Detroit Architectes et Bruno Peinado).  Nouveauté 2018 pour finir le périple, La Colline du collectif Appelle moi Papa installée à la Cantine du Voyage à Nantes est le lieu idéal pour (enfin) boire un coup !