28
janvier
2020

100 ANS ! ET CE N’EST QU’UN DÉBUT

Article du dossier :
"BIGRE ! TOUT UN CINOCHE…"

Le Katorza, institution nantaise d’art et d’essai, fête ses 100 ans cette année. Une belle occasion de parler évolution du 7e art avec Caroline Grimault, directrice du cinéma depuis 8 ans, et Pauline Avril, responsable jeune public. Parce qu’il n’est jamais trop tôt pour développer sa cinéphilie.

Comment fête-t-on le centenaire d’un cinéma qui propose déjà des dizaines d’animations toute l’année ?
Nous avons rythmé l’événement en 3 claps, autour des Journées du patrimoine, puis du 1er de l’an avec karaoké et quiz. Clap de fin les 19 et 20 juin, avec séance en plein air et gâteau d’anniversaire. Le 20, le cinéma sera à 1€ pour tous. En parallèle, nous avons aussi écrit un livre sur l’histoire du Katorza, qui paraîtra le 2 avril, avec d’ailleurs un paragraphe sur les Goûters de l’écran dédiés au jeune public.

À propos des Goûters de l’écran, c’est une proposition qui roule, non ?
Oui, ça fait maintenant 16 ans que ça existe, il y a des enfants qui ont grandi avec les Goûters de l’écran  ! L’un d’eux m’a dit que ça lui avait appris à lire vite parce qu’il avait vu des films en VO, qu’il se souvenait aussi d’une séance cachée derrière son fauteuil parce que Le baron de Münchausen lui faisait peur… Et en même temps, participer aux débats d’après film a construit son appétence pour le cinéma. Tout ça a développé chez nous l’idée d’une programmation jeune public possible, alors qu’auparavant il y avait d’un côté les Disney et de l’autre École et cinéma. On voulait un lieu où les parents cinéphiles puissent amener leurs enfants à découvrir le cinéma. Le Katorza est un des temples de la cinéphilie à Nantes, ça a construit la culture cinématographique de milliers de Nantais, donc pourquoi pas celle de leurs enfants… Apprendre à son enfant à aller au cinéma et l’apprécier reste une pratique marginale, mais selon nous le cinéma jeune public des salles art et essai a encore de beaux jours devant lui, on peut encore conquérir de nouveaux spectateurs.

Pauline, tu as récemment repris les Goûters de l’écran en y apportant ta touche…
Oui, l’idée est d’accueillir les enfants dans un espace relax avec des coussins, avant le film, en attendant la séance, avec des documents à disposition, des dessins… Que ce soit sympa et pédagogique aussi. Pour les 100 ans, on fait un lien avec l’expo Charlie Chaplin avec une médiatrice du musée qui viendra mais également avec Stereolux, plutôt pour les scolaires. Ils reprendront des scènes en stop motion, viendront visiter le cinéma et la salle de projection…

Caroline, quelles évolutions as-tu perçues autour du jeune public ?
Depuis 15 ans, on observe davantage de propositions de films pour les jeunes publics, des dessins animés de l’école française mais aussi des distributeurs indépendants qui sont allés chercher des films dans le monde entier. Dès les années 2000, je dirais qu’il y a eu un effet Kirikou, les distributeurs se sont dit que ce serait bien de proposer d’autres films et des réalisateurs ont alors osé des films d’animation, dont beaucoup de qualité. Ça a tellement marché que depuis 5 ans, il y a certes plus de propositions mais peut-être moins de qualité… Il n’y a pas un beau film par mois jeune public qui sort.

Vous avez aussi un concept original, Au ciné avec bébé…
Un lundi matin par mois, nous accueillons une autre forme de public « empêché » en quelque sorte : des jeunes parents qui peuvent venir avec leur bébé. Le film est pour les adultes, mais adapté au niveau sonore. Et puis ils n’ont pas à craindre que leur bébé pleure, tout le monde étant là avec le sien…

Vous avez des propositions pour tous les âges alors… Car l’Absurde séance fonctionne toujours aussi bien, non ?
C’est en constante augmentation même ! Jean-Maurice (programmateur de l’Absurde Séance) se questionne sans cesse pour renouveler son public, et le concept est maintenant bien identifié. Ça dure depuis 20 ans ! Peut-être que le public recherche aujourd’hui moins de séries Z et un peu plus de Japanim, pour le dire rapidement. Mais ça reste une conquête permanente du public, ce sont des 17-25 ans donc c’est une génération hyper mobile, qui ne reste pas forcément longtemps dans la ville …Ça permet aussi au Katorza de rester une salle jeune (rires) !

On a encore observé une bonne santé des salles de cinéma cette année…
Il y a eu une espèce d’explosion de films à succès en 2019. Le cinéma est tiré vers le haut par les œuvres, il y a eu pleins de beaux films qui ont donné envie d’aller au cinéma. Parasite (Palme d’Or 2019) c’était super car ça a montré à tout le monde que le cinéma d’auteur est accessible. Le cinéma est une économie d’offre, plus on te propose de films, plus tu vas au cinéma. Et plus tu vas accepter de prendre un risque la semaine suivante si le film précédent t’a plu.

Une plateforme comme Netflix peut-elle déstabiliser cette bonne santé ?
Plus que Netflix, c’est le phénomène des séries et de la multiplication des écrans qui ont changé quelque chose. Mais si dans les années 60, le cinéma a été laminé par la télé, c’est moins vrai aujourd’hui. Les séries sont une autre forme d’œuvre de fiction, qui scotche les gens chez eux, elles ne sont pas conçues pour le cinéma. Je pense cependant que les cinéphiles continuent d’aller au cinéma même s’ils ont Netflix. Ils y vont moins par contre… Mais ça pose aussi la question des films qu’on ne verra pas sur grand écran car ils sont conçus pour ces plateformes. Même si le Scorsese (The irishman) a été beaucoup vu, d’après les statistiques, peu de gens ont dépassé les 40 premières minutes… car regarder un Scorsese sur smartphone, ça n’a pas de sens !

Propos recueillis par Elsa Gambin

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