15
septembre
2015

ALIMENTATION ET SANTÉ, DEUX POIDS, DEUX MESURES

Depuis des dizaines d’années, on entend tout et son contraire sur l’alimentation et ses impacts sur notre santé. Le Docteur Thierry Guicheteau* (Orvault) a fait de la nutrition son fer de lance et a accepté de nous donner son point de vue. Une rencontre riche et nourrissante.

Faut-il vraiment s’inquiéter pour nos enfants face aux risques d’obésité ? N’en fait-on pas un peu trop ?
L’obésité fut déclarée épidémie par l’OMS en 1998, première épidémie non infectieuse contre laquelle il me semble important de se battre, et ce dès le plus jeune âge, par une prévention adaptée, sans être néanmoins trop alarmiste. L’alimentation n’est cependant pas seule en cause, le stress et les émotions sont également à prendre en compte, et il peut y avoir des facteurs génétiques. Des études ont démontré que beaucoup de laits maternisés fabriqués dans les années 60 et 70 étaient extrêmement riches en acides gras et Oméga 6 ** qui pouvaient entraîner une modification génétique des bébés et développer le même tissu adipeux que les sumos. L’obésité est une véritable souffrance pour les patients que je reçois et dont le nombre ne cesse de croître.

À l’inverse, le risque de ne pas assez manger n’est-il pas plus fréquent face à ces discours sur les dangers de la prise de poids ?
Inévitablement. J’ai en tête deux messages que l’on retrouve dans toutes les pubs sur l’alimentation. Le premier « Évitez de manger trop gras, trop sucré, trop salé ». Où commence le trop ? Un enfant peut-il réellement comprendre ce message ? Pour moi ce message ne veut rien dire. Il peut même avoir un effet néfaste pour des adolescentes à tendance anorexique qui vont supprimer totalement le gras de peur de manger trop gras. Le deuxième « Pour votre santé, mangez au moins 5 fruits et légumes par jour ». C’est très bien que les mots fruits et légumes apparaissent régulièrement. Les enfants connaissent en majorité ce conseil. Ce qui m’interroge davantage c’est le « au moins ». Si on prend le message au pied de la lettre, on pourrait manger 15 pêches par jour et 2 pommes de terre, cela serait-il un bon régime alimentaire ? Assurément non.

Comment alors  se repérer à travers tous ces messages pour manger sain ?
Il n’y a pas de régime alimentaire universel. Il est nécessaire de prendre en compte l’origine géographique, le climat, les habitudes alimentaires.. Citons le French paradoxe des Gascons qui mangent du foie gras de leur terroir en grande quantité et boivent du vin rouge, et pourtant ils font beaucoup moins d’accidents cardio vasculaires que dans les autres régions. Également, le régime Méditerranée qui devint une mode, la publicité ventant les bienfaits sur la santé et la longévité. Tout le monde a de l’huile d’olive chez soi, et pourtant toutes les huiles ne possèdent pas les éléments nutritifs nécessaires. Citons également l’huile Isio4, pour laquelle le marketing a encore bien fonctionné. Sur la bouteille est mis en avant le mélange d’huiles, le fait qu’il y ait des oméga 3 et de la vitamine D. Mais c’est une bouteille transparente, donc c’est une huile morte. Oui bien sûr vous pouvez la faire chauffer, mais elle ne vous apportera rien au niveau des oligoéléments et des vitamines.

Si on choisit un produit estampillé bio, sommes-nous alors plus sûrs de manger sain ?
J’ose dire non. Le bio a une obligation de moyen et non de résultat, contrairement au Label Bleu Blanc Cœur (une démarche des agriculteurs et de scientifiques visant à une agriculture santé grâce à une alimentation riche en oméga 3 de leur élevage). Par exemple, pour qu’une huile possède le label bio, elle doit posséder au minimum 14% de matière d’origine biologique. Peu importe que le reste provienne d’Espagne ou du Maroc, et peu importe le déséquilibre entre oméga 3 et oméga 6, notre problème aujourd’hui car il entraîne une augmentation des risques de maladies cardio-vasculaires, de diabète et d’obésité. Attention donc au discours simpliste et marketing.

Sonia LAROCHE

* Thierry Guicheteau est le créateur de la pièce de théâtre Tous gros demain ?, d’après le livre éponyme de Pierre Weill.

** Les oméga 3 sont anti inflammatoires alors que les oméga 6 favorisent les inflammations.

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