15
octobre
2014

burn-out : les femmes sont plus touchées

J’ai envie de claquer mon patron et de partir en Martinique : fais-je un « burn-out » ? Le docteur Abdel-Halim Boudoukha est Maître de conférences en psychologie à l’Université de Nantes. Ce spécialiste des risques psychosociaux nous explique ce que recouvre cette nouvelle pathologie, comment l’identifier et la prévenir.

Qu’est-ce que le « burn-out » ?

C’est une pathologie nouvelle qui n’est pas encore considérée comme une maladie mentale (dépression, anxiété, schizophrénie…), car elle a été identifiée dans le champ du travail, et non dans le champ médical. C’est une pathologie spécifique qui nécessite une connaissance des diagnostics, car la prise en charge est différente pour une dépression ou pour un « burn-out ». Les symptômes sont tridimensionnels. Le patient souffre d’un épuisement émotionnel. Ce manque d’énergie aboutit à un désinvestissement dans la relation à l’usager, au collègue, au supérieur hiérarchique, avec des comportements négatifs, du cynisme, voire de la maltraitance dans le secteur médical. Enfin, le patient se sent inefficace sur le plan professionnel et personnel. À un niveau important, le « burn-out » peut aboutir à un passage à l’acte suicidaire.

Dans quelle situation apparaît-il ?
Il y a des facteurs personnels et organisationnels. La victime de « burn-out » est un professionnel qui accorde beaucoup d’importance au travail. C’est souvent quelqu’un qui a choisi sa profession, qui est enthousiaste au début puis qui est confronté à des désillusions. Il va également avoir des difficultés relationnelles avec l’entourage professionnel. L’organisation propice au « burn-out » est une structure avec un management rigide, comme l’hôpital ou des grandes entreprises impersonnelles. Mais il n’est pas propre au milieu du travail : on le retrouve aussi chez les sportifs ou les militaires. Par contre, on note une différence sexuée : les femmes sont plus touchées, non parce qu’elles seraient plus fragiles psychologiquement, mais parce qu’elles occupent les postes à risque : ceux en lien avec les usagers (standardiste, secrétaire,…) ou avec une forte pression hiérarchique.

Y a-t-il une volonté de prévention des entreprises ou des syndicats ?
On observe une prise de conscience des pouvoirs publics depuis 2006, où des vagues de suicides ont touché des grandes entreprises. Le Ministère du Travail a édité le rapport Nasse Légeron en 2008 qui demande aux entreprises de créer un pôle pour réfléchir et améliorer la prévention des risques psychosociaux. Malheureusement ces groupes n’ont pas de pouvoir décisionnel, et la situation économique est défavorable : les professionnels jugent préférable d’être malheureux au travail plutôt qu’au chômage.

Quels sont les signes avant-coureurs d’un « burn-out » ?
C’est une souffrance psychique qui s’installe progressivement. Les premiers symptômes sont des signaux corporels : des difficultés à dormir ou des réveils précoces car on pense au travail, une augmentation de la pression artérielle. Les symptômes évoluent vers des questionnements négatifs sur sa place au travail et son rapport aux autres.

Comment le prévenir ?
L’organisation doit établir des conditions de communication. Les décideurs et managers doivent être formés. Les professionnels, eux, doivent trouver un équilibre de vie harmonieux : trouver du temps pour prendre soin de soi et diminuer le stress par une pratique sportive ou artistique, faire attention à son alimentation. Il faut tout simplement garder une bonne hygiène de vie.

Propos recueillis par Gabriel Gervier

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