17
juillet
2020

C’EST LE ROI OU QUOI ?

En mars dernier, nous vous préparions un dossier aux petits oignons sur « l’enfant roi » et… PAF ! On s’est presque tous retrouvés confinés avec nos enfants. Nos petits anges qu’on aime tant mais qui nous en ont fait baver aussi. Comme une évidence, nous nous sommes dit que l’interview réalisée dans « l’autre monde » avait encore toute sa place aujourd’hui…

D’abord infirmière en oncologie (traitement des cancers), puis en PMI et en collège, Agnès Dutheil, sollicitée par ses employeurs au-delà de sa formation pour sa bienveillance et son bon sens, embrasse ensuite une carrière de psychologue. Formée auprès de pontes de la communication non violente ou de la psychologie positive, elle est aujourd’hui une des références incontournables du territoire pour parler de « l’enfant roi » et nous donne son point de vue sur la question.

Tout d’abord, qu’est-ce qu’un « enfant roi » ?
Il faut savoir que cette notion d’« enfant roi » est universelle. Par exemple, j’ai appris lors de la traduction en chinois d’un de mes livres que, malgré les différences de culture, ils ont eux des « enfants empereurs ». Mais un « enfant roi », c’est un enfant qui est dans la toute-puissance, il est autocrate. La loi, c’est lui. C’est lui qui décide !

Est-ce un phénomène nouveau ?
Relativement. Auparavant, on disait que certains enfants étaient capricieux. C’est-à-dire qu’ils n’obéissaient pas. Obéir a ses limites parce qu’on peut devenir un citoyen manipulable. Manipulable parce que l’obéissance passe par la punition et la punition fait mal jusqu’à ce que l’on cède. Cela fait un enfant soumis qui, plus tard, sera donc plus facilement manipulable. Il prend sur lui petit et finit par exploser, souvent à l’adolescence. Quand on a été éduqué pour être soumis, on finit par se rebeller. Il y a toujours une rébellion, une révolte à un certain moment, mais elle ne dure pas forcément. Il ne faut pas oublier que, dans l’histoire, l’obéissance nous a parfois amené à faire des choses inacceptables, comme ce qui s’est passé sous le régime nazi par exemple.
J’ajouterais que notre société entière est construite sur l’idée que les enfants doivent obéir aussi parce que les adultes doivent être dociles. Lorsque les puissants nous manipulent, ils savent que nous allons finir par « péter un plomb », que nous allons sortir dans la rue… et ils nous envoient les CRS. On nous « re-punit » en quelque sorte ! Quand on comprend ce schéma, on comprend le problème du modèle punitif et on se dit qu’on en veut plus.

Oui mais on vit en société, il faut des règles…
Effectivement, nous sommes allés trop loin dans une certaine forme de laxisme. Certains enfants n’ont plus de cadres et ne supportent plus la frustration. On a intégré qu’ils doivent s’exprimer mais on n’a fait que le premier pas !

Que devrions-nous faire alors ?
On sait qu’un adulte heureux, c’est une personne qui a accepté la frustration et la dépasse pour en faire quelque chose. Personnellement, je suis nulle en informatique, ce qui est une vraie difficulté dans le monde d’aujourd’hui et me fait vivre beaucoup de stress. J’ai dû faire preuve d’humilité et demander de l’aide. J’ai pris une assistante et, aujourd’hui, le tout est supérieur à la somme des parties, c’est-à-dire que je n’aurais jamais pu faire toute seule ce que je fais aujourd’hui.
Deuxièmement, nous savons également que la tempérance émotionnelle est indispensable pour être heureux. Cela signifie que je comprends mon émotion, je ne la refoule pas mais je ne la jette pas sur les autres. Nous avons le droit d’être en colère mais pas d’« emmerder » le monde avec nos émotions  ! Nous devons être conscients que c’est une affaire personnelle, nous devons donc apprendre aux enfants à tempérer leurs émotions.
Troisièmement, un adulte heureux, c’est aussi une personne qui a des liens sociaux dans la coopération. Avoir du lien social sans connaître la collaboration, c’est juste impossible, on tombe dans un lien hiérarchique : je domine ou je suis dominé. Alors, si on a un « enfant roi » à la maison, il est mal barré ! Disons-le clairement, il devient autocrate et despote ! Dans la cour de récré, il va être harceleur ou groupie. Il sera donc soit mal-aimé, soit il ne sera pas tout à fait lui-même.

L’éducation idéale serait donc de poser un cadre et des règles dans la collaboration ? 
Oui, prenons des exemples précis. À un enfant, nous lui disons que c’est important qu’il se lave tous les jours. Plutôt que de lui imposer une heure, on peut lui demander à quel moment c’est mieux pour lui ? Le matin ? Le soir ? Après les devoirs ? Avant de le coucher pour être bien détendu ? On organise alors le vivre ensemble, on collabore. On pose un cadre AVEC l’enfant.
Avec un ado, l’écran est souvent source de problèmes. Pour comprendre ce qui se passe, l’adulte doit s’y intéresser pour pouvoir lui dire comment faire. Par exemple, sur les réseaux sociaux, on doit avoir accès à son mur, c’est la règle. Un mur, c’est public et s’il veut un jardin secret, ce n’est pas en public qu’on le fait. On doit apprendre aux jeunes cette notion, non seulement pour leur faire respecter le cadre mais aussi pour les protéger ! Et pour le téléphone, c’est pareil, on doit montrer l’exemple. Si on dit : « pas de téléphone 30 minutes avant le coucher », on doit le faire aussi.
On amène l’enfant à la responsabilité. Il peut choisir de ne pas respecter les règles posées ensemble mais forcément, il y aura des conséquences. Toute notre vie, nous faisons des choix que nous devons assumer et personne n’est responsable de la vie que l’on mène. L’enfant doit le comprendre. C’est-à-dire que s’il ne respecte pas la règle établie avec le téléphone par exemple, il en sera privé pendant une semaine. Et inutile de crier car, on le sait, ça ne sert à rien.
Résultat des courses, c’est très difficile ce qu’on demande aux parents aujourd’hui : plus d’autoritarisme mais de l’écoute et sans laxisme. Pas facile !

Certains parents finissent par démissionner…
Cela arrive effectivement. Mais il y a aussi le problème que certains parents pensent que tout le monde devrait s’adapter à leur exception ; il n’y a plus de conscience collective. Par exemple, à l’école, certains parents ne veulent parler que de leur enfant, et se fichent éperdument des autres. Or, nous devons apprendre à vivre ensemble, à faire ensemble. Poser un cadre collaboratif à la maison, c’est aussi donner l’exemple pour ce qui se passe à l’extérieur de celle-ci.

Et quels adultes deviennent ces enfants rois ?
C’est un adulte qui risque de devenir associal. On voit aujourd’hui des chefs d’entreprise désemparés face à des salariés qui ne supportent pas l’autorité ni les règles imposées. Mais veulent imposer les leurs. Et ces jeunes deviennent parents à leur tour… Parfois, on m’appelle pour me dire : « mon enfant pleure la nuit, qu’est-ce que je dois faire parce que moi, je dois dormir… » On peut se sentir débordés par les pleurs d’un enfant, mais forcément, l’arrivée d’un bébé à la maison va bouleverser nos vies !
Pour conclure, dans cette époque dans laquelle il peut nous manquer des repères, la collaboration avec l’enfant pour poser un cadre précis est un bon moyen de lui donner une chance de s’épanouir à l’âge adulte. C’est notre rôle de parents du XXIe siècle.

Propos recueillis par Valérie MARION

→ agnesdutheil.fr

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