9
octobre
2019

CHARLIE CHAPLIN, Dans l’œil des avant-gardes

Pour la première fois au monde (oui oui, au monde !), une exposition est consacrée à l’œuvre de Charlie Chaplin en mettant en parallèle les grands mouvements artistiques avant-gardistes de la première moitié du 20e siècle. BIGRE a rencontré Claire Lebossé, conservatrice du patrimoine au Musée d’arts de Nantes et conceptrice de l’expo. “Passionnée”, voici le terme qui jaillit à la pensée de cette rencontre qui, forcément, rend l’exposition totalement passionnante !

Comment vous est venue l’idée de cette exposition ?
Lors d’un ciné-concert à la Cité des congrès, des images de Chaplin m’ont fait penser à Claude Cahun et Fernand Léger. J’ai commencé à m’interroger : comment le travail de Chaplin avait pu avoir une influence sur les avant-gardes de l’époque ? Une époque où les artistes regardaient le monde dans sa globalité, tout était matériau. Si, à l’évidence, certains étaient fascinés par l’œuvre de Chaplin et le mentionnait explicitement dans leurs productions, on ne sait pas comment lui réagissait à cette réception de son travail. Nous n’avons pas retrouvé de traces, d’écrits où il se serait exprimé sur le sujet.

L’indépendance artistique de Chaplin est l’une de ses forces.

Premier à faire du cinéma qu’on pourrait dire d’auteur car il écrit, réalise et joue, à affirmer des préoccupations esthétiques et thématiques ancrées dans les problématiques de son temps, Chaplin, comme Charlot, est un sujet fascinant pour de nombreux artistes. Pour Ricciotto Canudo, inventeur de la notion de 7e art, il est l’homme « qui a su créer un vocabulaire de gestes », celui qui a pu « dire toutes les finesses de l’âme par le simple mouvement ». Alors, le cinéma est un art puisqu’il existe un artiste : Charlie Chaplin !

Comment avez-vous articulé Ces liaisons entre les œuvres de Chaplin et des artistes des différents mouvements fondamentaux du XXe siècle ?
Nous avons monté cette exposition en deux ans, ce qui est relativement court pour ce genre de projet et, après Nantes, elle sera présentée sous une nouvelle forme au Louvre d’Abu-Dhabi. Concrètement, à la croisée des arts, l’exposition est une véritable plongée dans l’univers visuel de l’époque et permet de découvrir pour la première fois des œuvres que l’on n’a jamais vues au musée.
De l’Allemagne aux États-Unis, de Dada au constructivisme ou surréalisme, la mise en parallèle des œuvres s’articule autour de quatre grands axes. L’homme machine. Ici Charlot imite ou critique les machines (Le cirque, Les temps modernes—NDLR) ce qui a pu inspirer des artistes comme Fernand Léger, Lazlo Moholoy-Nagy ou Oscar Schlemmer… La poétique du monde.

Charlot refuse de considérer le monde comme une contrainte à laquelle se soumettre (Charlot Usurier, La ruée vers l’or—NDLR). Une poésie qui s’apparente aux travaux de Man Ray, Victor Brauner ou encore René Magritte ou Meret Oppenheim. Le spectacle mis en abyme. Le microcosme du cirque le fascine comme il passionne Marc Chagall ou Alexander Calder… L’absurdité de l’histoire. La pauvreté s’impose au regard de tous, par le biais du vagabond Charlot, comme sur les clichés de Lewis Hine, Walker Evans ou Berenice Abbott.

L’œuvre de Chaplin exprime également un antimilitarisme convaincu.

On voit bien comment les artistes s’emparent des films de Chaplin et du personnage de Charlot et projettent en eux leurs propres préoccupations, le fantasment comme un miroir de leurs recherches. Des extraits de films répondent aux œuvres exposées. On peut y déambuler avec légèreté ou y passer toute la journée.

Et pour les kids ?
Nous voulions que le public soit au centre de ce projet. « L’Usine à rêves », espace au cœur de l’exposition, accueille des activités conçues par le service des publics, avec La Table des matières. Plusieurs ateliers et visites pour les enfants, mais aussi pour les familles, sont organisés.  Un vernissage « juniors » leur est réservé le dimanche 20 octobre (14h30/18h). Un cycle Chaplin aura également lieu pendant Les Lucioles, l’événement des petits cinéphiles au Cinématographe. Et Dada, la revue d’art pour toute la famille, fait un numéro spécial.

Propos recueillis par Valérie MARION

Pour BIGRE, c’est l’expo à ne surtout pas rater de la rentrée. Elle ouvre ses portes le 18 octobre (jusqu’au 3 février). Pour ne rien louper, un clic et hop ! → museedartsdenantes.fr

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