30
août
2019

CHOUETTE C’EST L’ÉTÉ : APRÈS LES GILETS JAUNES, LE GRAND CAFÉ

Le Grand Café, centre d’art contemporain, accueille l’exposition Contre-vents (solidarités ouvrières, étudiantes et paysannes dans l’Ouest de la France : une généalogie). Elle pourrait nous effrayer, mais en réalité on ouvre ici une page de l’histoire des luttes peu connue. Curieux de tout âge, foncez ! Et pour vous inciter,
nous avons rencontré Sophie Legrandjacques, directrice du Grand café qui répond à quelques questions.

Avant-propos : l’expo en quelques mots !
Les deux commissaires de l’exposition, Guillaume Désanges et François Piron, ont réalisé un vrai travail d’historien pour raconter les luttes et les contre-cultures autour de Saint-Nazaire, de mai 68 à aujourd’hui. Affiches, films, pièces de théâtre, documentaires… ces mouvements ont produit des gestes et des formes artistiques au travers de leurs actions militantes qui sont ici rassemblées.

En ces temps troublés, quel serait l’intérêt pour des parents de visiter cette exposition ?
La vertu ou l’intérêt de cette exposition pour les parents, c’est que ça relie le passé et le présent. Si les Gilets Jaunes ne sont pas dans l’exposition, c’est que les commissaires n’ont pas encore repéré de productions culturelles particulières. Pas de chansons, de pièces de théâtre, d’affiches ou des films… qui auraient trouvé leur place dans cette exposition. Ce mouvement est encore jeune. En revanche, il y a la ZAD (Zone À Défendre) de Notre-Dame des Landes.

Avec plus de 40 ans de lutte, ça fait aujourd’hui complètement partie de notre vie ici.

Ils ont une réflexion écologique, qu’est-ce qui fait une communauté, qu’est-ce que le vivre ensemble, les notions d’économie, de valeur, de richesse qui n’est pas la même pour eux que pour la plupart des gens… Des formes de solidarité aussi avec la question de la propriété, de la terre et de l’exploitation agricole… Cette expo permet de dédramatiser, parce qu’on voit bien que la ZAD ça peut faire peur, qu’on imagine des gens violents, marginaux, d’extrême gauche mais en fait, c’est bien plus complexe ! Nous avons demandé à quelques habitants comment ils se représenteraient ? Ils ont notamment fait une carte car ils ont des connexions avec le monde entier. Il faut se rendre compte que Notre-Dame-des-Landes, c’est un des endroits de lutte le plus connu au monde ! Et ils sont connectés à beaucoup d’autres endroits de lutte. Ils sont observés par beaucoup de gens, et énormément d’artistes aussi.

Vous abordez aussi d’autres luttes…
Nous portons un regard sur mai 68 en dehors de Paris, autour de Saint-Nazaire et en Bretagne. C’est une histoire complètement méconnue. Il y a eu quelques études mais très peu dans les campagnes. Cette exposition met en lumière cet angle mort de l’histoire entre des mobilisations ouvrières qui convergent vers des revendications, des luttes de paysans qui un jour se rendent compte aussi qu’ils sont exploités. Ce qui est incroyable, c’est que les commissaires qui pensaient élargir leurs recherches sur tout l’ouest de la France ont finalement trouvé un vivier autour de Saint-Nazaire. Ce lien tellement fort entre ouvriers et paysans est propre à ce territoire et, depuis 69 et le film de Jacques Loiseleux sur le ZAD, on peut dire que c’est un peu toujours la même histoire qui se répète. Même si on traverse Plogoff, des fermetures d’usines et bien d’autres luttes, tout est lié à la question de l’exploitation de la terre et de projets d’aménagement du territoire qui sont ressentis par la population comme quelque chose d’autoritaire et de violent et contre lesquels les habitants se dressent…

Pour des parents, c’est l’occasion d’apprendre des choses sur l’histoire de cette région, de comprendre et pouvoir expliquer que les luttes d’aujourd’hui sont finalement très semblables à des luttes post 68.

C’est découvrir aussi les formes souvent similaires qui ont été produites : des pièces de théâtre, des affiches, des chansons, des films, des marches… C’est peut-être un peu navrant de constater que c’est toujours la même histoire qui se répète, que ça n’a pas beaucoup avancé. Même si dans l’expo, il est souvent question de luttes gagnées. Demeure encore le lycée expérimental qui se bat toujours puisqu’on leur supprime encore deux postes à la rentrée… Cette exposition est aussi pédagogique dans le sens où l’on montre l’énergie du soulèvement, l’engagement des personnes. Et que faire société, ce n’est pas qu’aller voter, c’est aussi les luttes citoyennes.

Comment appréhendez-vous cela avec les enfants ?
On fait un gros travail avec les scolaires sur l’éducation artistique et culturelle. Est-ce qu’une forme poétique et artistique peut avoir une portée politique et inversement ? Des formes produites pendant des moment politiques se rapprochent parfois de formes artistiques. C’est cette frontière qui nous intéresse, elle permet d’ouvrir le dialogue et de construire l’esprit critique.

Avec l’art, on ouvre des possibilités, on amène d’autres paramètres de réflexion qui permettent le débat, le régénèrent.

Et ce n’est pas du prêt à penser, la réflexion n’est pas orientée. Une œuvre d’art est œuvre si quelque part, elle est un peu irrésolue, si c’est un peu une énigme. L’artiste nous donne un point de vue mais le spectateur doit aussi s’investir, avoir sa propre interprétation, la confronter. La médiation, c’est donner des clefs, des indications, des apports historiques aussi, mais ça doit être quelque chose qui nous met en mouvement.

Propos recueillis par Valérie MARION

grandcafe-saintnazaire.fr

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