30
août
2019

CHOUETTE C’EST L’ÉTÉ : LA RUÉE VERS L’ART

L’art contemporain, parfois caricaturé et jugé comme étant hors des réalités qui composent le monde, en constitue pourtant une focale précieuse qui met en lumière une vision très souvent engagée, politique et poétique portée par des artistes qui ne cessent de questionner leur société et ses travers. Nantes accueille, tel un écrin itinérant, quelques-uns de ces interprètes de notre monde moderne et de l’humanité en lutte qui s’y imprime.

Mythique dans le Nantes des années 1993 à 2002, le collectif Oxymore se recompose et devient Re-Ox le temps d’une fructueuse association avec l’Ensa Nantes, pour nous livrer l’exposition Fan-magazin dans la galerie Loire de l’école d’architecture. On y retrouve l’émulation créative qui a marqué des générations d’artistes, d’intellectuels et d’architectes. De fanzine en fanzine, la pluralité des formes et l’esprit collectif et expérimental sont convoqués dans cette performance à travers des sons, des écrits, des installations et des illustrations que les curieux de curiosités sont vivement invités à découvrir.

L’histoire artistique nantaise est également marquée par Mircea Cantor, ancien étudiant de l’Académie des Beaux-Arts de Cluj (Roumanie) ayant rejoint en 1999 les Beaux-Arts de Nantes. Traversé par les questions d’identité, d’éthique et de politique, l’artiste interroge à travers la vidéo, la photographie et la sculpture, la réalité contemporaine et ses contradictions. Înainte, le titre de cette exposition, signifiant à la fois « en avant » et « comme avant », dit parfaitement ce double mouvement, celui du temps présent qui se confronte aux traces du passé, ses œuvres de jeunesse côtoyant à cette occasion une sélection d’œuvres inédites.

Ces réflexions autour des notions d’identité et de territoires sont également au cœur du travail de Richard Mosse. Dans son exposition Incoming, l’artiste aborde sans détour la tragédie des migrations de masse liées aux guerres, persécutions et au changement climatique, afin de maintenir l’attention de la société et des médias sur ces drames humains.

Connu pour ses installations mêlant objets récupérés et technologie de pointe au service de machines hybrides, Malachi Farrell s’empare également de son art pour dénoncer une société au bord de l’explosion et au service d’un monde standardisé, robotisé. Avec Hooror Hits, sa dernière exposition accueillie au Blockhaus DY10, l’artiste présente au public différents hits créant un mélange de drôlerie et de malaise chez le spectateur qui assiste à une parodie grinçante et dévoile l’horreur sous-jacente qui émane de nos sociétés. Les dancing caméras surveillent une population sur laquelle elles n’hésitent pas à tirer ; Obsolescence met en scène le jugement d’un livre unanimement condamné à mourir par un jury narquois et arrogant. Le sort des migrants syriens, trop souvent assimilés à des terroristes, est également dénoncé avec Familles syriennes, vues comme des monstres, qui met en scène ces violents contrastes entre projections et amalgames, et réalité crue du dénuement total. Charmeurs de serpents fait danser les armes au son d’un punghi (clarinette traditionnellement utilisée par les charmeurs de serpents) jusqu’à les rendre inoffensives et pleine d’amour. Enfin, Strange fruit – le fruit étrange – reprend l’expression utilisée dans un célèbre poème datant de 1937 et faisant référence aux pendaisons d’hommes noirs couramment pratiquées à cette époque dans le Sud des États-Unis. Là encore, les identités, les politiques et les fonctionnements sociétaux contemporains qui en découlent sont interrogés par l’art.

C’est plus précisément le monde de la grande distribution et sa rencontre avec l’art qui nourrit l’exposition La part du gâteau. Quels sont les liens tacites qui unissent l’art et le commerce ? Comment imaginer et modeler un espace commun à ces deux univers, galeries d’arts et lieux de consommation, inspiré par des esthétiques fusionnées et des codes mixés et réinterprétés par Deborah Bowmann, la nébuleuse créée par Amaury Daurel et Victor Delestre ? Ces deux artistes Bruxellois exposent leurs manipulations et distorsions créatives pendant leur temps de résidence nantaise à Paradise, jusqu’au 27 juillet.

Ces réinterprétations poétiques et décalées du réel se retrouvent aussi dans le travail de David Ryan dont la naissance du Chasseur de Trèfles en 2009, personnage mi-homme mi-plante incarné par l’artiste lui-même, a permis de donner une forme nouvelle à son art. Sa dernière exposition Le Chasseur de Trèfles – The bush boy – (l’homme buisson) retrace sa rencontre avec des enfants en classe de gaélique dans le nord de l’Irlande, qui parlent sa langue maternelle – non transmise. Ces échanges généreux et délicats offrent au spectateurs les moments sensibles et enchanteurs d’un bout de partage de notre humanité.

Et pour rester dans le thème de la nature et des populations en marge, direction le Château des Ducs de Bretagne pour y découvrir l’exposition Amazonie. Le Chamane et la pensée de la forêt. L’Amazonie s’y découvre à travers les instruments de musiques, les armes et autres objets usuels ou rituels qui composent l’univers des populations indigènes vivant dans cette forêt. La parole est donnée à des leaders amérindiens qui militent pour le respect de leurs droits et pour la défense de leur environnement et de leurs traditions. Installations sonores, films et photographies accompagnent le visiteur tout au long du parcours.

Claire Loup

FAN – MAGAZIN / Re-Ox, galerie Loire, école nationale d’architecture, du 06/07 au 01/09 // ÎNAINTE / Mircea Cantor, Chapelle de l’Oratoire, du 27/06 au 25/08 // INCOMING / Richard Mosse, Lieu Unique, du 27/06 au 01/09 // HOOROR HITS / Malachi Farell, Blockhaus DY10, du 06/07 au 01/09 // LE CHASSEUR DE TRÈFLE – THE BUSH BOY / David Ryan, La Vinaigrerie (Le pellerin), du 06/07 au 01/09 → levoyageanantes.fr // AMAZONIE – LE CHAMAN ET LA PENSÉE DE LA FORÊT, Château des Ducs de Bretagne, du 14/06 à janv. 2020 → chateaunantes.fr // LA PART DU GÂTEAU/ Deborah Bowmann, Paradise, jusqu’au 27/07 → galerie-paradise.fr

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