30
août
2019

CHOUETTE C’EST L’ÉTÉ : NOTRE PETIT BATEAU

Quand l’entreprise Bathô et l’association Bio-T-Full se rencontrent, un projet complètement dingue leur germe en tête : créer le premier bateau aquaponique français ! Cet été en expérimentation sur le site de Transfert, nous avons rencontré Didier Toqué (Bathô) et Jeanne Charlot (Bio-T-Full) pour nous raconter tout ça…

C’est quoi un bateau aquaponique ?
Jeanne Charlot : On prend un bateau en fin de vie pour y installer un potager et un aquarium. L’eau des poissons, enrichie en azote grâce aux excréments, nourrit les plantes. Ces dernières sont en culture hors-sol sur billes d’argile et filtrent l’eau pour la purifier. C’est un vase clos, un système vertueux avec un écosystème complet.

Comment vous est venue cette idée ?
J. C. : On a rencontré Bathô il y a un an ou deux et Didier m’a dit un jour que les bateaux à double coques étaient étanches… et c’est de là qu’est partie l’idée !
Didier Toqué : Chez Bathô, on rénove d’anciens voiliers et vedettes des années 60 à 80 devenus inaptes à la navigation pour les convertir en habitations insolites sur la terre ferme, dans des campings, chez des particuliers ou en entreprise. Entreprise impliquée dans l’économie sociale et solidaire, on s’intéresse fortement à la filière du réemploi. Il faut dire qu’il y a environ un million de bateaux de plaisance qui doivent aujourd’hui être démantelés.

Détruire un mètre linéaire revient à 2 ou 3000 €, c’est non seulement très coûteux mais ça a aussi un fort impact sur l’environnement.

Car c’est soit la décharge, soit l’incinération ! Autant les rénover et en faire des habitats sûrs. Quand nous avons rencontré Bio-T-Full, nous étions déjà dans une réflexion autour de l’hébergement d’urgence et la possibilité de faire des chantiers participatifs où l’habitant contribue à la rénovation de son abri. Avec un bateau nourricier à côté, on bouclerait la boucle de l’autonomie. Ça a du sens.
J. C. : De notre côté, l’asso a pour objet de promouvoir et développer l’agriculture urbaine. On travaille avec plein de publics différents. On fait des chantiers participatifs pour les citoyens, des ateliers pédagogiques pour le grand public et les enfants. On intervient dans les écoles pour parler d’aquaponie. On travaille aussi avec des promoteurs, des bailleurs sociaux et des copropriétés pour développer le jardinage. Ce bateau, c’est complètement expérimental !

Une expérimentation qui aura donc lieu à Transfert cet été à partir du 15 juin…
J. C. : Oui. On a déjà commencé les travaux avec des jeunes d’Unicité sur Notre petit bateau, un nom temporaire car le le nom définitif viendra des propositions que les gens nous feront. Ce projet est participatif et chacun peut venir aider. Notre objectif c’est de finaliser les travaux avant fin juillet pour passer ensuite à un autre type d’expérimentation.
D. T. : Il y aura des jardinières en bois à faire, de la peinture…
J. C. : Bricoleur expert en aquaponie ou novice, tout le monde est le bienvenu. Tous les chantiers participatifs et ateliers pédagogiques seront relayés sur notre page facebook ou sur celle de Transfert qui est co-organisateur de l’événement. Ensuite, quand le bateau sera prêt, nous allons y mettre des carpes Koï. Elles ne sont pas comestibles mais c’est une espèce d’eau chaude, ce qui leur permettra de supporter la chaleur qu’on attend à Transfert.
D. T. : Ce n’est pas possible sur ce site mais en enterrant un peu la coque, il y aura une thermorégulation naturelle… On pourrait mettre des truites comestibles.
J. C. : C’est une phase d’expérimentation qui va nous permettre de quantifier la quantité de nourriture produite par exemple. Ce n’est pas un objectif de production mais nous allons tester si le support est résilient. Si ça fonctionne bien, nous pourrons le dupliquer. C’est vraiment un prototype, on va tâtonner !

Et ensuite ?
J. C. : C’est un vrai projet d’enjeu environnemental. Il n’y a ni antibiotiques, ni pesticides, c’est économique en eau. Ça peut être mis en milieu urbain, ça promeut l’autonomie alimentaire, le manger mieux… On espère que ça va se développer.
D. T. : On démarre avec Bio T full par le potager et après on attaque le bateau hébergement refait par les gens qui vont y habiter. C’est une logique de tutorat. On cherchera des bénévoles et de bons bricoleurs pour nous aider, pour pouvoir minimiser les coûts de tout ça. Et peut-être des financeurs aussi ! Ça peut concerner les migrants qui viennent de partout dans le monde par exemple.

L’intérêt des bateaux, c’est que c’est un grand bac posé au sol, on peut le bouger, le retirer.

C’est un habitat temporaire, mais déjà un abri sûr qui peut être assez confortable. Dans la logique du réemploi et de l’économie circulaire, c’est une économie de ressources, pas besoin de construire de murs et de toit.

Propos recueillis par Valérie MARION
Pour participer, regarder, discuter… les adresses ressources : → bio-t-full.org // → batho.fr // → transfert.co // → facebook : Bathô // → facebook : notre petit bateau // → facebook : transfert & co

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