30
janvier
2018

CURIEUSE CRÉATIVITÉ 2/3

Article du dossier :
"CURIEUSE CRÉATIVITÉ"

Pour saisir les contours de la créativité, nous avons rencontré différentes personnes qui, d’une manière ou d’une autre, baignent dedans ! Rencontres avec des interlocuteurs du territoire…

Responsable du pôle Création, Industrie culturelle, action culturelle et territoriale à la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) des Pays de la Loire, Cécile Duret-Masurel nous parle de la politique culturelle de l’État ou comment le Ministère de la Culture soutient la créativité.

› Un positionnement d’État
« Ma réponse est tributaire de ma position, celle de quelqu’un qui travaille en région, dans une administration qui représente le Ministère de la Culture » précise Cécile dès le départ de notre entretien. « Il y a beaucoup d’acceptions du terme de créativité. Et donc, de nombreuses façons d’envisager la façon dont le Ministère de la Culture peut soutenir la créativité. Si l’on part du postulat que toute personne est potentiellement créative, et que l’art et la culture sont à la fois l’expression de la créativité humaine et des « outils » de son développement, on peut considérer que le Ministère soutient la créativité de diverses façons. » La place des politiques d’éducation artistique et culturelle, de sensibilisation à l’art et la culture de la population dans sa diversité, en commençant par les plus jeunes, est importante. La DRAC favorise des actions qui permettent de rencontrer des artistes, de fréquenter des œuvres et des lieux culturels, d’avoir la possibilité de se confronter à une pratique artistique. « Ce sont des expériences qui peuvent développer la créativité de tout un chacun. Aujourd’hui, la volonté de permettre que tous aient accès à cette expérience est clairement affichée par la Ministre de la Culture. » Mais la mise en place de soutien aux artistes, afin de leur permettre d’exprimer leur créativité, et des lieux qui programment, exposent, présentent la création d’hier et d’aujourd’hui est également importante. Tout comme la formation des futurs artistes ou professionnels de la culture, dans des cursus qui leur permettent d’expérimenter. Toutefois, le champ des possibles est vaste et l’accompagnement d’initiatives, qui dans le champ des arts et de la culture peuvent être considérées comme créatives, sont nombreuses. « La créativité peut s’exprimer dans des domaines extrêmement divers, qu’ils relèvent de la production d’œuvres, de la conduite de projets avec des habitants, de la valorisation d’un patrimoine, de la coopération entre acteurs, etc. »

› Une exception culturelle à la française ?
« Il existe incontestablement un modèle culturel français. Unique sans doute dans l’aménagement culturel du territoire et son maillage par un très grand nombre de lieux dédiés ; par l’importance du soutien à la création et aux artistes, avec la spécificité du régime de l’intermittence. Après il faut se garder de tout chauvinisme. Il existe à l’étranger de très nombreuses initiatives qui favorisent le développement de la créativité. Si l’on regarde par exemple la question de l’accès aux pratiques artistiques à l’école, certains pays européens ont une offre très développée. »

› Une région particulièrement attractive ?
À cette question, Cécile répond par l’affirmatif. « Elle l’est sur de nombreux plans, pas seulement culturel. L’attractivité culturelle et artistique de la région, et en son sein de la Loire-Atlantique, reflète un dynamisme global. Mais on peut souligner que cette région bénéficie de l’implication de très nombreuses collectivités territoriales qui ont mené des politiques culturelles ambitieuses. On pense évidemment à Nantes dont la politique en la matière a été au cœur de son développement depuis des années, mais ce dynamisme existe aussi de la part de collectivités de différentes échelles, que ce soit le département, mais également des villes comme Saint-Nazaire, Saint-Herblain, Rezé et tant d’autres, tout comme des communes ou intercommunalités plus éloignées des grands centres urbains. »

› La créativité artistique, un élan pour le développement d’autres projets ?
« Les exemples sont légion. Tout dépend là encore de ce qu’on entend par créativité. Nombre de projets construits autour de la rencontre de publics avec des œuvres et des artistes vont permettre à un soignant, à un enseignant ou un éducateur de suivre des objectifs propres qui ne relèvent pas de la création en tant que telle. Beaucoup de projets de création interrogent le rapport à la science, à l’innovation numérique, au travail, au monde de l’entreprise… » Pour exemple, des innovations ont été développées par le Château des ducs de Bretagne pour permettre à des publics malvoyants d’avoir accès aux collections. La compagnie Organic Orchestra, menée par son artiste fondateur Ezra avec des ingénieurs sur le principe du beatbox augmenté, ont créé des systèmes innovants qui peuvent servir à d’autres utilisations.

Propos recueillis par Valérie Marion

→ CULTURECOMMUNICATION.GOUV.FR/REGIONS/DRAC-PAYS-DE-LA-LOIRE

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L’ENFER CRÉATIF
La créativité est devenue un mot de publicitaire. N’est créatif que ce qui vend, affirmait le plus honnête d’entre eux, l’américain David Ogilvy. Picasso était donc très créatif. Van Gogh pas du tout, qui ne vendit qu’une toile pour quatre cents misérables francs.
La créativité est devenue une injonction : sans cesse avoir des idées nouvelles. Un train d’enfer. L’artisan qui perpétue un savoir-faire immémorial, sans autre ambition qu’égaler ses maîtres, serait-il un ringard resté à quai ? La nouveauté, c’est vieux comme le monde, s’exclamait un comédien des Enfants du paradis. On ne saurait mieux dire.
D’ailleurs, la créativité, c’est dépassé. Nos Précieux contemporains préfèrent parler de « disruption », néologisme désignant une méthode de la rupture (et non l’art de rompre, infiniment plus difficile). Ne rompent que les mauvaises ficelles, et les troufions.
Et puis créatif, pour quoi faire ? Himmler, qui mit en œuvre la solution finale, se montra particulièrement créatif pour renouveler les techniques génocidaires. Des esprits vifs le secondèrent, inventifs en diable.
Oui, pour quoi faire ?… Et même, pourquoi faire ? À l’injonction de créativité répond celle de la modernité à tout prix. C’est nouveau, faisons ! nous prendrons le temps de la réflexion après. Lorsqu’il sera trop tard. Le digital nous donne souvent l’illusion de cette créativité immédiate. Doigt dans l’œil. Et doigt d’honneur de l’obsolescence programmée.
Pitié pour nos enfants. N’exigeons pas d’eux qu’ils deviennent des hamsters dans la roue de la com’, des start-ups, de la finance, hydre affamée de créativité, sans répit, sans repos, sans repas. Apprenons-leur l’art délicat de ne rien faire. À la créativité esclavagiste, opposons la liberté de créer, et d’abord celle de notre propre bulle de paresse. La récréation – et son antique racine creo. Après tout, le paresseux n’est-il pas le plus créatif de tous ?

Éric Chalmel

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