9
octobre
2019

ENFANCE DE L’ART

De ses illustrations aux traits colorés et naïfs, Claire Péron, alias Clerpée, a pensé des jeux pour enfants, teintés d’éducation positive. Attentive au progressisme et féministe dans l’âme, elle fait de ses dessins le reflet d’une société hétérogène.

Elle se souvient avoir toujours dessiné. Se rappelle avec joie ce moment où elle a su qu’on pouvait en faire son métier. « Je me suis dit, c’est génial ! Mais au début j’ai fait croire à mes parents que je voulais être prof de dessin, c’était plus rassurant pour eux… ». La dessinatrice en herbe refuse alors le Bac S qu’on lui propose pour, sacrilège, s’orienter en littéraire ! Avant d’entrer en DMA (Diplôme de Métiers d’Arts) illustration, à l’école d’arts appliqués Estienne, à Paris. « Le rapport image-texte m’intéressait énormément. » Elle complète ses deux années par un DSAA (Diplôme Supérieur des Arts Appliqués) en illustration… médicale et scientifique. Sans doute faut-il aller chercher ce choix étonnant du côté d’une famille « où il y a plein de médecins… ».

Seulement, le côté « trop médical » n’amuse pas la dessinatrice, qui se plaît davantage à vulgariser pour un lectorat enfantin. Qu’à cela ne tienne, avec son trait à la fois accrocheur et léger comme une bulle de savon, Claire, devenue Clerpée – « C’est mon nom sans l’être » -, dessine à tout-va, car « au début, il faut avouer qu’on prend à peu près tout ». Mais, parce qu’il faut bien faire mentir les sceptiques sur le métier de dessinateur, depuis quelques années, « on vient me solliciter, et ça c’est super ! ».

Livres pour la jeunesse, sur la grossesse et l’allaitement, applications animées, comptines, faire-parts, mini BD dans Toboggan ou Toupie, l’illustratrice se plaît à varier les plaisirs de sa plume numérique. Elle prête attention, surtout, à ce que ses croquis d’enfants, éclectiques et malicieux, représentent une diversité sociale et n’entrent pas dans un schéma genré.

J’essaye que les enfants ne soient pas tous blancs, et les petites filles, pas toutes en jupe.

Ainsi, dans l’ouvrage Petits rituels pour bien vivre ensemble, peut-on trouver des filles portant des chapeaux de pirate et des petits garçons à l’aise avec des couvre-chefs de fées. Le regard du lecteur glisse dessus comme une évidence. « Ça a l’air de rien comme ça, mais ces choix sont impactant pour les enfants. » Clerpée trouve l’inspiration dans la « vraie vie », en amenant sa fille à l’école, riche d’une grande mixité sociale, et dans ses idées féministes : « Avoir des enfants m’a davantage confortée dans mes convictions.

Le dessin sert aussi à faire passer ce genre de messages ». D’ailleurs, elle s’amuse des sollicitations récentes, qui reposent davantage sur les qualités d’expressivité de ses personnages que sur « les décors », qui ne sont pas trop sa tasse de thé. L’exemple le plus représentatif est cette Météo des émotions, sur de drôles de sous-bocks, à l’origine pensée pour sa fille, devenue aujourd’hui un jeu d’éducation bienveillante commandé, à son grand regret, « par environ 98 % de femmes », dont beaucoup de professeures des écoles. À moins qu’elle ne l’ait aussi dessiné pour elle ? « C’est vrai que ça permet d’expliquer les différentes émotions aux enfants, mais en réalité, moi qui suis une grande émotive, j’ai aussi conçu ce jeu pour expliquer mes propres émotions à ma fille… »

Le succès est au rendez-vous

La dessinatrice refuse la proposition de rachat d’une grande maison d’édition, pour conserver « son bébé ». Elle se permet d’ailleurs aujourd’hui de d’écarter des projets qui ne sont pas en adéquation avec son engagement. Dans la foulée de cette météo des émotions où règne la parité, elle conçoit Je m’aime, un jeu de cartes autour de l’estime de soi, invitant les enfants à se demander ce qu’ils peuvent faire pour aller bien au quotidien. Des outils qui nécessitent un accompagnement, mais participent à l’épanouissement des générations futures.

Bien dans ses baskets, Clerpée a récemment réalisé une fresque des émotions participative sur le mur d’une cour d’école. Et fait attention à ne pas accoler partout l’appellation éducation positive. « Ça peut finir par être étiqueté, devenir trop marketing. Il n’y a pas d’injonction dans ce que je propose. Seulement l’idée de mieux comprendre son enfant, de changer son regard, ne plus être dans un rapport de domination à l’enfant. » La dessinatrice a repris le chemin de son atelier d’artistes en co-working vers la place Royale à Nantes, pour plancher sur les pages d’une nouvelle BD, sur le thème de l’acceptation de la différence. Avec toujours le même « cheval de bataille », avoue-t-elle : la diversité.

Elsa Gambin
→ claire-p.com

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