7
avril
2015

FAMILLES 1.2 : TOUTES DIFFÉRENTES, ET ALORS ? TÉMOIGNAGE

Interview de Pauline, 26 ans, qui a grandi dans une famille “atypique” !

À quel moment, et comment, as-tu appris que tu grandissais dans une famille « différente » ?

Mes parents se sont séparés lorsque j’avais 6 ans. À 8 ans, mon père m’a dit qu’il était homosexuel. Ma mère le savait, mais ce n’était pas à elle de me le dire. Moi, j’ai simplement compris que mon père était amoureux d’un homme. J’étais fière de le savoir. J’ai vu rapidement que si cela ne me posait aucun problème, ça en posait aux autres, à certains membres de notre famille et aux copines à l’école. J’ai alors compris que je ne pouvais pas le dire à tout le monde. À 10 ans, mon père s’est fait agresser sous mes yeux, par un parent d’élève. Je me suis dit que je devais me méfier des autres, pour me protéger. J’ai pu en parler de manière beaucoup plus libre à partir du lycée, quand j’ai été en âge d’avoir des arguments, et d’envoyer les gens sur les roses. Il faut insister sur le fait que cela ne m’a jamais posé de problème à moi. Au contraire, je ressens beaucoup de fierté, et je m’entends très bien avec son conjoint. Les choses nous ont toujours été expliquées, à ma sœur et moi. La chance, c’est que nos deux parents s’entendent très bien. Ma cellule familiale était donc très claire pour moi. Les choses étaient dites et assumées. Si les parents restent parents ensemble, ça se gère très bien.

 

Quelle est la plus grosse ânerie que tu aies entendue ?

À part la bêtise habituelle « ton père il est pas normal », la question qui revenait souvent est « comment tu es née en fait ? » Pour se moquer de cette question complètement idiote, ma sœur et moi inventions des mensonges. Aujourd’hui, quand cela arrive, on coupe court, on répond simplement la vérité, que nos parents se sont aimés, que nous avons été désirées.

 

La plus grosse difficulté en fin de compte, c’est le regard des autres ?

Le regard des autres m’atteignait directement, oui. Je n’ai jamais compris l’homophobie. Quand j’étais plus jeune, j’ai lu le témoignage d’une maman, lesbienne, qui racontait la manière dont sa fille de 8 ans était moquée à l’école. J’ai appelé mon père en pleurs. Je ne comprenais pas. On entend parfois qu’il faut « sauver » les enfants de familles homoparentales. Mais il n’y a rien à sauver ! Nous sommes normaux. Dans certaines familles nucléaires, c’est le bordel. Dans la mienne, ça n’a jamais été le cas. Les soucis existent quand on est jeune, car on manque d’argument. Au primaire et au collège, surtout, si on attaque nos parents c’est difficile. Après, on choisit les personnes à qui on en parle. Et puis au lycée, à la fac, on se fiche des paroles des autres. Les soucis qui demeurent, plus tard, ce sont certains discours politiques.

 

Aurais-tu un conseil pour les personnes aujourd’hui confrontées à une situation similaire ?

Pour les enfants, se trouver des amis sûrs. Pour les parents, ne pas mentir à l’enfant. L’aider plutôt, en lui donnant des arguments, tout en faisant en sorte qu’il conserve ses propres mots. Les choses doivent être dites. Bien rappeler à l’enfant que l’amour qu’on lui porte ne change pas, et ne changera jamais. Je trouve que c’est une chance. Il faut donc savoir en faire une force. Il y aura toujours des cons. C’est pour cela que la forteresse doit être indéboulonnable. Aujourd’hui, j’aimerais que mon père et mon beau-père se marient ou se pacsent. Juste pour embêter les gens (rires). Ma sœur et moi portons les deux noms, ça a toujours été important pour nous. Mais j’insiste : nous ne sommes ni transformées, ni aliénées. Tout le monde s’entend très bien, et ma sœur et moi sommes deux jeunes femmes très épanouies.

 

Propos recueillis par Elsa Gambin

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