20
juin
2017

Femmes de l’ombre

Par quel miracle les œuvres du Voyage à Nantes arrivent-elles jusqu’à nous ? Petites fées de l’art contemporain inconnues du grand public, Marie Dupas et Jenna Darde, membres de la direction Projet au VAN, suivent pas à pas les artistes qui vont transfigurer pendant quelques mois les trois places majeures de la cité des Ducs, Bouffay, Royale et Graslin. Une histoire de rencontres.

Elles sont tombées, me disent-elles. Comme on peut tomber en amour, à l’eau, dans l’addiction ou dans les pommes. Mais à voir leur regard, leur chute à elles fut délicieuse. Jenna Darde et Marie Dupas sont tombées dans l’art contemporain, comme on se cogne à une personne qu’instantanément on sait ne plus vouloir quitter.

Pour Jenna, après des études d’Histoire, ce fut lors de son Master en « management des métiers du patrimoine, des arts et de la culture » à Angers. Du domaine de la Garenne Lemot à un remplacement de responsable de l’art contemporain au musée des Beaux-arts de Nantes, jusqu’au parcours hors les murs de l’artiste Alain Séchas en 2012, la fibre artistique ne la lâche plus. Marie, elle, pratique les arts plastiques dès le lycée, mais la perspective d’une école d’art ne l’enchante pas. Un parcours universitaire la mène finalement à une maîtrise « sciences et techniques, métiers de l’exposition, option art contemporain ». Elle prend son envol grâce au Grand Café à Saint-Nazaire, fait un tour par le Lieu Unique et monte dans le wagon de l’aventure Estuaire dès le début, en 2008.

Tout à coup, leurs mots sont les mêmes.

Car la déflagration fut commune, même si elles l’ont vécue chacune de leur côté. « Un projet d’exposition, à construire de A à Z, c’est l’expérience professionnelle la plus intense, celle qui a tout confirmé. » Les artistes créent et construisent leurs œuvres dans la solitude de leur antre. Jenna et Marie, qui ne vont dans les ateliers que « pour voir l’artiste travailler son médium », font en sorte que ces œuvres deviennent visibles de tous, suivent chaque étape de cette lente construction, jusqu’à terme.

Étrangement, à les écouter, une œuvre temporaire, « pour laquelle nous pouvons ressentir un manque lorsqu’elle vient à être enlevée », semble le challenge le plus difficile. Surtout lorsqu’elle est positionnée sur un espace très fréquenté. « On ne pourrait pas imposer de manière permanente une œuvre sur une place publique. Elle doit être de passage, comme les gens. Et puis, prenez Bouffay par exemple, c’est une agora, une place qui est au peuple, littéralement. »

Elles travaillent la plupart du temps avec des plasticiens, leur font visiter, ressentir la ville. « Il doit se passer quelque chose entre Nantes et l’artiste, une forme de connivence. Ensuite, le plus excitant pour nous, c’est quand on reçoit l’esquisse. C’est comme un cadeau. » L’artiste a carte blanche, les professionnelles, pour qui « l’artiste et l’œuvre ne sont pas dissociables », sont là pour l’accompagner dans ce cheminement, permettre sa réalisation. Cette année, trois œuvres monumentales prendront place : la part manquante, de Boris Chouvellon, la terre où les arbres rêvent de Laurent Pernot et Hécate de Nicolas Darrot. Des œuvres étonnantes, peut-être dérangeantes.

« On ne cherche pas à faire consensus, la notion de ‘beau’ nous importe peu. Ce qui nous motive, c’est un travail qui interroge. Si les œuvres sont fortes, c’est que l’artiste ne peut pas s’extraire de la période trouble dans laquelle nous sommes. »

Alors oui, il sera question du temps qui passe, et d’une certaine fragilité. Mais, soutiennent nos deux passionnées, au-delà du dramatique apparent se profile aussi une forme de poésie. Les femmes de l’ombre voient la lumière.

Elsa Gambin

Ici, le site du Voyage à Nantes

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