27
novembre
2018

Il était graphiste… et puis P.A.F !

À 41 ans et après un parcours de graphiste et designer textile, Matthieu Bujeau est devenu père au foyer. Le titre peut surprendre, pourtant lui-même l’arbore avec décontraction et fierté.

Certes ils sont rares les hommes qui choisissent de prendre un congé parental d’éducation, seulement 4 %. Sans doute parce que les à priori ont la vie dure : s’occuper des tous petits serait une affaire de femmes, le contraire sujet à commentaires. Cela dénoterait un manque d’ambition et pourquoi pas de virilité ! Enfin, si les risques de mettre sa carrière de côté persistent et rendent certains frileux, il en existe d’autres qui ont franchi le pas, la preuve !

Au départ, rien ne prédisposait Matthieu à endosser ce rôle et cette activité à plein temps.

Seul garçon parmi deux sœurs, il grandit à la campagne près de Laval. De là naît sa sensibilité pour l’écologie qu’il transmet aujourd’hui à ses deux filles. Il y suit des études d’arts appliqués au lycée et, Bac en poche, part à Paris poursuivre un BTS en impression textile à Olivier de Serres. Arrivé à Nantes, il essuie les plâtres de la nouvelle école de design, devient webmaster puis retourne au textile en intégrant un bureau d’étude en Vendée. Il passe d’un CDI à un autre, pour faire marcher la concurrence et travaille alors pour les industries textiles du Choletais.

Au bout de quelques années, il choisit d’être free-lance. Mais il est encore trop tôt pour s’imaginer fonder une famille. Son activité est plutôt soutenue, il mixe aussi dans des soirées, bref il n’a pas la tête à ça ! D’autant qu’à l’époque son discours est assez radical « les enfants, c’est des pollueurs en puissance ! Pas question de détruire encore plus la planète. »

Aujourd’hui encore, il le répète mais en riant « ça consomme énormément un enfant… rien qu’en couches ! »

Et puis Matthieu a rencontré Morgan, ils ont eu une fille, Effie, sont partis vivre dans le vignoble pour fuir la pollution de la ville « mais on est tout de même au milieu des pesticides ! » Il a fallu aussi repenser le travail. Au bout de dix ans en indépendant, la lassitude a gagné. « Le marketing a pris le dessus sur la direction artistique et les projets sont devenus moins créatifs. » À cela s’est ajouté la concurrence de nouveaux talents sortis des écoles d’arts, florissantes à Nantes. Les contrats sont devenus moins nombreux, les prix tirés vers le bas… Le choix du salariat s’est imposé. À la naissance de leur deuxième enfant, ils ont décidé en commun de qui prendrait le fameux congé. Pour Morgan qui tient une boutique de créateurs à Nantes, c’était difficile à envisager alors ce fut Matthieu !

« Ça n’a rien changé, je faisais déjà tout : lessive, ménage, cuisine, vaisselle, bricolage, et garder les mômes ! »

Aujourd’hui, il ne regrette pas cette décision qui lui permet de voir grandir ses filles. « Je leur apprends le partage, la politesse, à respecter les gens et la nature. » Le regard des autres ? Il n’y a jamais pensé. Ni la famille, ni les amis ne l’ont stigmatisé. « Finalement à une époque où le travail est dur à trouver, c’est comme si j’en avais pas ! » Mais Matthieu se ravise aussitôt :

« enfin si j’arrête pas et à force de porter la petite, j‘ai super mal au dos ! »

À part la fatigue, il concède que cela l’isole un peu socialement et que ses revenus ont baissé. « C’est vrai qu’on a appliqué une politique d’austérité mais on peut se passer d’acheter des fringues et de suivre la mode, de ce côté-là j’ai été servi ! Pour la musique, je la télécharge, les livres ont les prend à la médiathèque et on va à Nantes en train. »

Aujourd’hui, il a rempilé pour 12 mois. Le temps pour la petite Anna, 18 mois, de devenir autonome et pour lui de réfléchir à son avenir professionnel.

Même si à l’issue de son congé, il retrouvera son poste chez un sérigraphiste, cette parenthèse lui permettra peut-être de penser à le faire évoluer ou à se réorienter. À mi-parcours, le bilan reste positif. « Bon évidemment la petite, ne dit toujours pas maman… » mais le plaisir d’être avec ses enfants l’emporte ! Que peut-on lui souhaiter pour l’année 2019 ? « Gagner plus pour emmener mes filles découvrir le monde ! »

Ann Daloune

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