5
mai
2020

Julie

Julie, artiste chorégraphe.

Flou, foutraque, fluctuant.
Voici les 3 mots qui me paraissent le mieux refléter « mon » confinement.

Je dois dire que je fais partie des personnes pour qui cet événement n’a pas immédiatement représenté cette belle opportunité que l’on nous a vanté pour se recentrer, réfléchir, créer, prendre le temps… Trop de temps tue le temps comme dirait l’autre. Je me disperse. Je vais dans tous les sens, sans trouver le bon.

Il est évidemment difficile de décrire le nombre d’émotions contradictoires, de tentatives « d’action » ou d’inaction que j’ai pu traverser durant ces 6 dernières semaines. Mais je vais tâcher de mettre plus de 3 mots ou de trouver une description au plus juste de mon état de danseuse confinée et de jeune chorégraphe quelque peu éplorée.

Étant d’une nature peu casanière et un être plutôt (très) social, je dirai que j’ai d’abord été dans une sorte de lutte. Une lutte bien peu clairvoyante, entre pragmatisme et utopie.
Pragmatisme dans la forme. Envoyer des mails pour savoir si les dates annulées seraient reportées, si les projets enclenchés pourraient avoir lieu. Une compulsion de mails et d’échanges virtuels. Et bien sûr, utopique dans le fond puisque, évidemment, toutes ces questions sont restées en suspens. Et pour cause.

Depuis, je me recentre sur cet état de SUSPENSION qui me suit et me plaît à apprivoiser. Puis, j’ai passé beaucoup de temps sur les questions très concrètes de chômage partiel, de renouvellement de mon intermittence (qui touche à sa fin). Guettant chaque jour les mesures gouvernementales et les mails de Pôle Emploi. Avec cette désespérante sensation que tout le travail entrepris depuis ces trois dernières années était en train de partir en fumée. Anxiogène !!!

Et, comme beaucoup dans ma situation, est arrivée l’idée d’ « autre chose ». Qu’est-ce que je pourrais faire d’autre que danser, créer et transmettre ? Ces 3 choses indissociables qui constituent mon travail, ma vie et mes ressources (dans le sens polysémique du terme).

Alors… S’accrocher ou lâcher prise ? Composer ou justement ne pas composer avec mes ami(e)s artistes et collaborateurs qui vivent ce confinement d’une toute autre façon que moi, avec d’autres émotions et d’autres visions.

En fait, il n’y a justement rien à faire, aucune décision à prendre. Juste trouver l’équilibre. La clairvoyance, les jours où c’est possible. Cultiver la patience. Et, encore… cette suspension.

Depuis quelques jours, je me suis plongée dans la philosophie. Je m’intéresse au temps. Le temps selon Bergson, Wittgenstein, Aristote et Derrida. Je réfléchis à l’incertitude. Merci Edgar Morin et Sénèque. J’ai découvert le fabuleux Miguel Benasayag. Je me suis rapprochée des associations de mon quartier, les Brigades de Solidarité Populaires et le Gasprom, afin d’utiliser tout ce temps à bon escient.

Et, quelque part dans un coin de ma tête et parfois de mon corps, j’imagine des mouvements, des ambiances, des lumières, des univers, des sons et des souffles … en souhaitant très fort que le spectacle continue.

PARTAGER CET ARTICLE          
À LIRE AUSSI

COLORIAGES À TOUT ÂGE : YES eye

Publié le 5 mai 2020
Les artistes Florian et Michaël Quistrebert ont réalisé le color book « YES eye » pour leurs enfants et comme ils sont drôlement sympa, ils le partagent avec nous....

COLORIAGES À TOUT ÂGE : Zina Lahrichi

Publié le 5 mai 2020
Vous avez sûrement déjà vu ses motifs dans les vitrines Des Petits Hauts ou sur les affiches émoi émoi. Designer textile, Zina Lahrichi est passée par les studios p...

BIGRE ! Mon enfant est une couverture

Publié le 5 mai 2020
On a lancé un petit jeu sur notre Facebook BIGRE44 et voilà le résultat : tout plein d’enfants ont joué et on fait, en famille, des fausses couvertures de BIGRE. Et...

Sonia

Publié le 5 mai 2020
Sonia, confinée une semaine sur deux avec Lazare (8 ans) et Louison (16 ans)....