5
mai
2020

Julien

Julien, 30 ans, Héric, enseignant en CM1/CM2.

Il était 20h passées, je me dirigeais à la hâte chez une ancienne collègue récupérer une flopée de Jumanji dans un jogging prêt à taper la balle jaune. Le portable, lui, ne cessait de s’agiter, de clignoter dans tous les sens. Un tremblement de terre venait de se produire, les écoles fermaient leurs portes dès le lendemain. Vers l’inconnu… Et au-delà ! Depuis tout a changé, confiné dans mon appartement, seul, avec une bande de phasmes à six pattes, c’est le silence et la position assise qui dominent. Les élèves se retrouvent loin, dispersés un à un, le groupe classe vient de voler en éclats. Pour tenter de tenir mon monde à bout de bras, uni, nous faisons des classes virtuelles afin de consolider des notions plus fraîches et se donner des nouvelles, nous nous envoyons des mails, du travail et des pensées au quotidien.

Le travail toujours aussi massif de mon côté prend une nouvelle dimension mais se débarrasse de ce qui fait le sel du métier, l’humain. Me voilà facteur de travail, maître d’une classe (trop) virtuelle, à concocter des programmes de journées, des corrections détaillées, des cours vidéos, des permanences à l’école et répondre à l’éboulement de mails et ses inquiétudes légitimes. Posté derrière l’écran je suis des enfants, des parents, qui partagent leur chamboulement du quotidien. L’un pensant perdre son rôle d’élève quand l’autre se pense gagner une casquette. Au-delà des apprentissages, la mission est tout autant de rassurer, de maintenir un lien précieux qui permette à chaque enfant de se désenclaver afin de gagner en confiance et en autonomie, et pour les parents les aider à sauter les obstacles tout en les débarrassant d’une quelconque pression pédagogique.

N’est pas enseignant qui veut, et l’essentiel réside désormais dans la tenue du goût des apprentissages et de ses curiosités. Il y a des programmes, des institutions et une réalité. L’école est un lieu riche, social et culturel. Un lieu de partage et d’appartenance. Un lieu. Le concept de « L’école à la maison » je n’y crois pas. À pianoter, j’ai l’impression de perdre l’essence même d’un métier qui nourrit et se nourrit des entités qui la composent. Mes pouvoirs se diluent avec les kilomètres et chacun se débat avec le matériel informatique dont il dispose. Mais je tente de créer de l’énergie pour vingt-sept sous un trait d’humour, variant les approches et les supports. Ce tremblement de terre aura créé de la distance, mais nous aurons appris à construire des ponts.

Mot pour les élèves :
On dessine, on lit, on écrit, on chante, on bricole, on joue, on cuisine…
On continue de construire ce que l’on est et qui l’on devient.

Mot pour les parents :
Avec cette inédite et nouvelle organisation de la maison, la plus grande réussite c’est simplement de faire de son mieux !

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