2
décembre
2014

La consommation collaborative

Le circuit grande surface / maison / poubelle, c’est pour les vieux schnocks ! Désormais, vous pouvez acheter vos légumes à un producteur local, revendre votre vélo sur Le Bon Coin et partir à Paris en covoiturage. Le mensuel Terra eco a consacré cet été son hors-série à la consommation collaborative. Sa co-auteure, Amélie Mougey, nous partage les résultats de son enquête.

La consommation collaborative, qu’est-ce que c’est ? ___C’est l’économie du partage où la valeur d’usage prime sur la possession. Des individus se mettent en relation pour échanger des biens. C’est le même principe que notre bibliothèque municipale, avec une même convergence d’intérêts individuels. Les usagers peuvent également  vendre des biens ou se regrouper pour acheter moins cher. Ce principe a vraiment pris de l’ampleur grâce aux outils numériques.

Dans quels domaines s’applique-t-elle ? ___Le plus connu est la locomotion avec les sites de covoiturage. Chaque mois, un million d’usagers utilisent BlaBlaCar en Europe, ce qui réduit de 40% l’émission de CO2 par voyageur. Il y a aussi les sites de revente de billets de train, d’avion ou de prêts de son véhicule. Dans l’hébergement, AirBnB permet de louer une chambre chez l’habitant. C’est typiquement la success story de la petite start up qui fait aujourd’hui de la concurrence aux acteurs traditionnels. Le couchsurfing propose la même chose gratuitement. Les Amaps ou La Ruche qui dit oui ! mettent en relation des agriculteurs avec des clients qui apprécient un contact disparu avec la grande distribution. Il y a également le secteur des loisirs, où les usagers peuvent se prêter du matériel. Le site Monjoujou.com propose de partager des jouets. Intéressant quand on sait que 60% des 230 millions de jouets achetés finissent à la poubelle. Dans tous les cas, l’économie du partage permet un enrichissement des relations humaines. La première entreprise collaborative a été eBay, dont l’idée était : « j’ai un objet qui ne me sert pas, il peut peut-être intéresser quelqu’un. »

Et en France, Le Bon Coin a balayé eBay parce qu’il permettait d’acheter un bien près de chez soi. ___Exactement, c’est ce qu’anticipent les prospecteurs : un réseau mondial d’initiatives locales. Les entreprises doivent s’adapter à la culture d’un territoire. BlaBlaCar marche moins au Royaume-Uni, tout comme l’auto-stop auparavant, peut-être parce la confiance entre les gens y est moins forte.

Quel est le poids de cette économie ? ___D’après Forbes, ce secteur pèse 3,5 milliards de dollars. C’est abstrait, mieux vaut se pencher sur les chiffres de développement des entreprises : BlaBlaCar enregistre 100% de croissance par an.

Ces échanges existaient déjà avec les SEL ou la CUMA, la mutualisation d’outils agricoles. ___Ce n’est pas nouveau mais Internet leur donne une toute autre ampleur. Auparavant, les SEL et la CUMA impliquaient un petit réseau d’individus qui se connaissaient. Aujourd’hui, un covoiturage mets en relation des individus qui ne se seraient pas croisés. Ces services bousculent des secteurs de l’économie classique comme l’hébergement ou l’automobile. Les constructeurs se sentent menacés et anticipent : Daimler a développé sa branche d’autopartage.

Quel est le profil des consommateurs collaboratifs ? ___Tout dépend du niveau de consommation. Le Bon Coin touche un public très large, on peut acheter le micro-ondes d’un retraité de 60 ans qui utilise Internet depuis trois ans. AirBnB s’adresse davantage aux gens entre 20 et 40 ans avec une sensibilité écologique. Le public se ressert encore avec les Amaps. Les logements et le transport sont les domaines les plus accessibles. On peut dresser un spectre avec Le Bon Coin d’un côté et les Fablab (laboratoires de fabrication, NDLR) de l’autre.

Est-ce une mode ou une vraie révolution ? ___Selon moi, il y a des initiatives qui ne peuvent plus disparaître, comme le covoiturage ou les petites annonces. C’est surtout le législateur qui peut bloquer cet essor. Il devra réglementer l’hébergement à domicile, l’encadrer sans l’étouffer. Mais les pouvoirs publics ont tout intérêt à accompagner cet essor, car BlaBlaCar ou Le Bon Coin sont une source d’économie. D’autres services comme l’échange de maison sont moins accessibles et vont peut-être s’essouffler.

Quel sera le futur de ce mode de consommation ? ___Lauren Anderson, directrice de l’innovation du Collaborative Lab, nous a confié qu’il existe déjà un site de partage d’animaux domestiques aux États-Unis ! Tous les secteurs de la vie quotidienne sont déjà adaptés à la consommation collaborative : on peut manger collaboratif, se nourrir collaboratif, faire du tourisme collaboratif… L’innovation est déjà mature. Les idées peuvent être reprises par des acteurs économiques traditionnels. Mais deux choses vont changer. D’une part le consommateur va gagner en liberté, car l’offre sera moins linéaire, et il aura le choix d’opter pour une consommation plus responsable. Enfin les pouvoirs publics peuvent booster cette économie par la réglementation et l’aménagement. C’est déjà le cas avec la construction d’aires de covoiturages.

Propos recueillis par Gabriel Gervier

À lire : Terra eco hors-série juillet – août 2014, Conso collaborative

www.terraeco.net

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