29
mars
2016

La tête et pas les jambes

Article du dossier :
"HANDICAP"

« Garçon de gauche » recruté en 2008 par Jean-Marc Ayrault et aujourd’hui adjoint à culture de la Ville de Nantes, David Martineau nous a ouvert les portes de son bureau pour évoquer, longuement et sans détour, une question qu’il aborde peu dans les médias : son handicap.

Sur son bureau, un dossier Angers Nantes Opéra trône au-dessus de la pile. Mais à notre demande et pendant presque une heure de rencontre, David Martineau n’évoquera pas cette culture qui anime son quotidien depuis mars 2014 et l’élection de Johanna Rolland à la tête de la mairie. Non, ce « garçon de gauche préférant être l’homme des petits pas au quotidien plutôt que l’homme du grand soir » a répondu à l’invitation de BIGRE afin de parler du handicap. Son handicap et ce qu’il en fait.
« Je n’ai pas hésité à vous répondre oui, car finalement, on me sollicite peu sur cette question. Et puis, j’avais décidé de faire un premier mandat où je ne répondrai à aucune interview de ce type-là ». Une ligne de conduite lui évitant ainsi de passer pour l’handicapé de service. « À l’époque, plusieurs militants m’avaient dit qu’ils avaient fait fort d’être allés me chercher, qu’ils voulaient faire pleurer dans les chaumières. J’ai trouvé ça très franc de leur part ». Nous sommes en 2008. Et Martineau n’est pas encore une personne publique, mais Directeur d’études à l’Insee des Pays de la Loire. Jean-Marc Ayrault vient le chercher et en « dix secondes » l’affaire est réglée. « Il était évidemment hors de question que je me retrouve de près ou de loin sur les questions de handicap ». En plus, ça tombait bien : l’actuel adjoint du coach des jeunes footballeurs des U18 de La Saint-Pierre de Nantes est « mal placé pour parler de ces questions. Oui, je peux raconter de mon histoire personnelle, un certain nombre de choses dont on peut tirer des conclusions. Pour autant, je deviens assez vite le handicapé idéal. Car mon handicap est très voyant, mais il ne demande aucun aménagement. À un moment donné, je peux devenir contre-productif à la cause tant, d’une certaine façon, je peux avoir l’image du héros. Celui qui parle bien, a fait des études, n’a pas de problèmes de santé et qui n’a donc besoin de rien ».
En somme, David Martineau serait trop handicapé pour être honnête ? « On ne peut pas dire que je sois un privilégié non plus ! Quand je vois tout ce que mes proches se prennent dans la figure. Tout va bien dès l’instant où vous avez une force de caractère, où chaque jour vous laissez cinq minutes de votre vie de côté ». Entendez par là, cinq minutes où cet amoureux de rock est perçu comme un freaks, cette personne qu’on ne sait par quel bout prendre. « Si j’ai un rendez-vous avec un pote au bistrot et que je l’attends au bout du bar, vous pouvez être certain qu’en moins de trois minutes quelqu’un vient me parler. C’est systématique et ce n’est pas toujours sain. Ceux qui ne me connaissent pas n’ont pas un rapport naturel à moi. Et ce même si au fil des années, les choses évoluent ».
Si on remonte le temps, le Nantais a été boulé du collège public de Vertou pensant qu’il n’allait pas réussir dans la vie. Pas de bol, Martineau a fréquenté Bercy et le Ministère de l’Économie et des Finances qui va avec. Des banques d’affaires le draguent même pour qu’il devienne « économiste bancaire dans les salles de marché. Aujourd’hui, je gagnerais peut-être 100  000 euros par an. Mais devenir économiste bancaire n’était pas mon rêve d’homme de gauche ». Et son rêve de gosse était-il de réussir plus que de raison ? « Oui et non. Naturellement, je suis un compétiteur. Mes parents étaient profs. Et dans ce milieu, il y a l’idée de faire une scolarité minimale de bon niveau, mais pas particulièrement de faire une scolarité brillante. Ça n’a jamais fait partie de mes moteurs ». Et cet état d’esprit continue de guider David Martineau. « Aujourd’hui, je suis content de ce que je fais. Ça m’est égal que je ne sois ni le maire de Nantes, ni le premier adjoint », explique celui qui est donc tombé dans la politique seulement en 2008. « Je suis issu des personnalités sans étiquette recrutées par Jean-Marc Ayrault. Et depuis, je ne cesse d’être un élu en responsabilités plutôt qu’un élu défendant un idéal. Je ne crois pas que ma pensée soit suffisamment puissante pour que, si un jour on me demande quelle serait ma société parfaite, ma réponse corresponde effectivement à une société idéale. Je fais la société avec les personnes avec qui je vis au quotidien. La co-construction est très importante pour moi. Elle fait partie de mon mode de vie, de ma façon de faire. Ma priorité est de savoir comment par un ensemble de toutes petites choses, on avance concrètement au quotidien ». Finalement, son combat ordinaire se situe bel et bien là et certainement pas dans un ailleurs où l’on imaginerait David Martineau porte-parole d’une cause handicapée. « Je suis très mal placé pour l’être. Je n’ai pas assez de bienveillance. Je le sais et je m’en veux. Mais il y a trop de personnel là-dedans ».

Arnaud Bénureau

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