21
novembre
2017

LAÏCITÉ ET DISCRIMINATION

Fraîchement sortie, l’étude « Égalité & citoyenneté des femmes » portée par Tissée Métisse* et réalisée par Jamila 
El Koubaily et Claire Bloch (voir Bigresse p. 18) dans les quartiers de la Métropole, révèle que la laïcité est parfois source, ici comme ailleurs, d’un sentiment de discrimination. Nous avons donc demandé à Diane Hardy **, référente laïcité à la Ligue de l’Enseignement de Loire-Atlantique (FAL) dans le cadre du plan national mis en place suite aux attentats de Charlie, de dissiper les malentendus les plus fréquents.

L’étude à laquelle nous faisons référence souligne la perception de la laïcité qu’ont des femmes du territoire. Certaines la perçoivent comme une entrave à leur liberté, comme par exemple celle d’accéder à certains lieux publics. Qu’en est-il concrètement ?
Rappelons que, dans le service public, les fonctionnaires doivent être neutres. Et donc, ne pas afficher leur croyance aux yeux de tous. En revanche, tout le monde peut venir comme il veut. L’interdiction du port du niqab n’a rien à voir avec la loi de 1905. Cette interdiction se réfère à la loi de 2011 (loi n°2010-1192) qui oblige tout citoyen à avoir le visage découvert sur l’espace public. C’est une loi sécuritaire qui implique le niqab, le port du casque avec visière fermée ou encore la cagoule…

« Notre société a encore beaucoup de chemin à parcourir pour vivre en paix »

Le port d’un signe religieux visible est perçu pour 75% des femmes interrogées comme un véritable frein pour trouver un emploi. Que dit la loi ?
Un employeur privé peut imposer à ses salariés des restrictions pour des raisons liées à la sécurité, à l’hygiène ou à l’exécution de missions précises. C’est fréquent au niveau des accueils pour éviter de heurter la sensibilité des usagers ou des clients mais cette restriction est règlementée, on ne peut pas faire ce que l’on veut. La loi ne pourrait accepter qu’on refuse à une informaticienne le port du niqab ou la kippa pour un comptable par exemple. En revanche, dans un contexte où l’emploi est une denrée trop rare, il est difficile de savoir si c’est effectivement ce signe visible qui coince !

41% des femmes d’origines étrangères interrogées et portant un signe religieux visible se sont senties discriminées dans la vie quotidienne. Un chiffre qui prouve que notre société a encore beaucoup de chemin à faire ?
Oui, c’est un ressenti mais ce n’est pas la loi. Notre société a encore beaucoup de chemin à parcourir pour trouver la paix sociale. Et l’inverse existe aussi. Beaucoup de citoyens ont peur des grands barbus. Il faut savoir que la laïcité n’est pas une loi de tolérance. C’est une loi qui respecte les libertés de chacun ! Pour que les citoyens la comprennent, cela doit passer par l’éducation et particulièrement l’accompagnement de l’enfant. Si cela peut être perçu comme du prosélytisme, l’acceptation de la laïcité dans notre société est positive pour tout le monde. Ça ne doit pas être un tabou.

Propos recueillis par Valérie MARION

* Tissé Métisse : association de lutte contre les discriminations.

** Diane Hardy a obtenu un diplôme délivré par la Sorbonne sur la connaissance de la laïcité. Elle est habilitée à former des formateurs autour du programme « Valeur de la République et laïcité » mis en place par le CGET (Commissariat Général à l’Égalité des Territoires) et le CNFPT (Centre National de la Fonction Publique Territoriale). Cette formation est gratuite et ouverte à tous. Vous pouvez la suivre à la Ligue de l’Enseignement de Loire-Atlantique (Fédération des Amicales Laïques). Pour tout renseignement → laligue44.org

CARTON ROUGE
En 1989, à Frossay (Loire-Atlantique), l’inspection académique décide d’ouvrir une seconde classe dans l’école publique de la commune. Le maire s’y oppose, argumentant qu’il reste de la place dans l’école privée. Pour l’y contraindre, la salle du conseil municipal a été transformée de force en salle de classe. La gendarmerie et la préfecture se sont déplacées pour garantir l’accès à l’école de la République à Frossay. Les communes de Nantes, Saint-Herblain et Saint-Nazaire ont même prêté tables et chaises ! En 2012, les villes de Jans et Marsac ont failli subir le même sort… Sur notre territoire, la laïcité est encore parfois ressentie, à tort, comme une opposition à la religion.

PARTAGER CET ARTICLE          
À LIRE AUSSI

LIBERTÉ, ÉGALITÉ, LAÏCITÉ

Publié le 21 novembre 2017
Laïcité, j’écris ton nom. Le point sur les idées reçues....

LA LAÏCITÉ À L’ÉCOLE, CONCRÈTEMENT !

Publié le 21 novembre 2017
Responsable du service Vie scolaire au sein de la Ligue de l’enseignement de Loire-Atlantique (Fédération des Amicales Laïques), Bérengère Saulnier mène des actio...

FEMMES DE PAROLES

Publié le 21 novembre 2017
En 2017, l’association Tissé Métisse lance l’enquête « Égalité & citoyenneté des femmes dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville ». Aux m...