24
novembre
2015

L’AVIS DE BRIGITTE LALLIER-MAISONNEUVE

Directrice d’Athénor, scène nomade de diffusion et de création (Saint-Nazaire-Nantes)

Depuis quand vous intéressez-vous au public des tout-petits spectateurs ?
Fin des années 80, il y avait déjà beaucoup de propositions jeune public – mais pas encore pour les bébés (1987 : le premier spectacle pour les bébés – « l’oiseau serein » de Joëlle Rouland) ; mon travail sur la voix et l’écoute m’a rapidement amenée vers le très jeune public. Il ne s’agissait pas encore de faire un spectacle mais, simplement, de regarder, écouter, ressentir, d’être à l’écoute du bébé dans son corps. Cette dimension venait enrichir le travail personnel sur la voix que je menais. En 1992, le festival Ricochet, le premier festival pour tout-petits à la Ferme Du Buisson m’a commandé un spectacle. Cela a été l’occasion de mener une réflexion sur ces questions : c’est quoi le possible d’un geste artistique en relation avec un tout-petit ? Comment le tout-petit peut questionner ? Comment arriver à l’essentiel ? Que se passe-t-il en termes d’interaction dans un concentré de temps (20-30 mn) ? Du côté de l’artiste, c’est être tout de suite dans une présence à l’instant. C’est donc une expérimentation exigeante !

Un spectacle pour très jeune public serait donc plus exigeant qu’on ne peut le penser ?
Cela demande aux artistes une grande présence et de la concentration car l’enfant est sans filtre, en perception totale. L’artiste est amené à l’essence même du geste artistique même si l’on peut se permettre plein de choses, notamment avec le son. Le tout-petit est dans la sensation, la matière. Il distingue le son, la voix, les mots… Il est dans une perception juste de l’intention, plus que l’adulte qui aura tendance à intellectualiser. À partir des années 90, ces expérimentations ont essaimé en Europe ; l’Italie, l’Allemagne et les pays Scandinaves en tête. Aujourd’hui, il y a vraiment des artistes qui s’intéressent à cette démarche et ces processus de création. Cela vient nourrir leur pratique en général, leur travail de conception pour atteindre l’essentiel et parvenir à la maturité.

Peut-on donc dire que c’est un véritable champ exploratoire pour des pratiques expérimentales au même titre que la musique expé ou improvisée, par exemple ?
Effectivement. On imagine peu qu’il y ait autant de richesse dans ce type de spectacles mais les petits ont complètement accès à ce genre de propositions. De plus, les créations sont souvent polysémiques ce qui ouvre à toutes les cultures, sans différence mais pleines de sens. Chacune des perceptions résonne à différents endroits, sans prise de tête et sans besoin d’en faire des tonnes !

Propos recueillis par Valérie MARION

–> athenor.com

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