24
novembre
2015

L’AVIS DE CECILE EL MEDHI

Psychologue (Saint-Nazaire)

Comment le bébé vit-il l’expérience culturelle ?
Pour le tout petit, vivre une expérience culturelle c’est découvrir le monde par le biais d’expériences sensorielles. Le spectacle vivant est pour lui une expérience inédite, où il ne peut plus utiliser sa bouche et ses mains, ce avec quoi il découvre habituellement son environnement. Là il expérimente avec ses yeux et ses oreilles. Certains artistes rejoignent vraiment le monde des tout-petits, ceux par exemple qui explorent le territoire sonore de la petite enfance, qui pratiquent une musique ou un chant hors sens, un peu comme les bébés qui jouissent de la langue en babillant. Dans ce cas, les jeunes enfants sont très réceptifs et passionnés. Ce champ de travail est particulièrement exploré à Athénor (théâtre nazairien).

Cela peut-il également fonctionner avec cette chaîne de télévision créée pour les bébés il y a quelques années ?
Je suis plus que sceptique sur cela car, d’après les neuroscientifiques, il ne peut pas se produire les mêmes choses par le biais d’un écran. Il faut du vivant pour les enfants. Or la culture est incarnée, la rencontre avec le vivant est nécessaire à l’enfant. En cela, l’écran est délétère, l’interaction étant inexistante.

Quel rôle cela joue-t-il dans le lien parent-enfant ?
L’occasion est là de vivre une émotion, de s’embarquer en famille dans une aventure émotionnelle. Avant 6 mois, seule compte pour l’enfant la relation duelle. Après 6 mois, l’enfant, au sens propre, tient sa tête, et donc il y a cette possibilité de regard conjoint, de regarder quelque chose ensemble. La relation duelle s’ouvre enfin. Une pratique culturelle partagée est un cadeau, elle fera aussi partie des souvenirs pour la mémoire familiale.

Cet enfant, initié à la culture, restera-t-il consommateur plus tard ?
Disons qu’aller au spectacle met en appétit. Une étude sociologique menée par Manon Pasquier en 2013 a démontré cette corrélation. Dans notre société, qui crée de la dispersion par de nombreuses sollicitations, le spectacle vivant ramène, quelque part, au moment présent. On prend alors le temps d’éprouver des émotions.

Le préadolescent et l’adolescent, eux, peuvent perdre l’envie de sorties culturelles… Est-ce normal ?
À cet âge-là, la construction identitaire se fait dans la séparation du parent. L’adolescent va donc moins se laisser entraîner par ses parents. Et c’est dommage, car nombre de spectacles pour adolescents sont de grande qualité, avec des problématiques qui les touchent. Le spectacle leur permet d’attraper des questions existentielles, tout en en limitant l’angoisse. Une pièce comme « À la renverse » (Théâtre du rivage), de Karin Serres, est formidable de résonances.

Propos recueillis par Elsa Gambin

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