24
novembre
2015

L’AVIS DE JOËLLE DENIOT

Sociologue à l’université de Nantes

Pour mieux comprendre les aspects de nos pratiques culturelles, encore profondément marquées par le milieu social.

Y-a t-il une évolution de la consommation culturelle selon les catégories socioprofessionnelles ?
Le terme de culture doit être employé avec précaution, car, depuis l’époque primitive, tout le monde a une culture. S’agissant ici des pratiques liées au spectacle vivant, à l’art, au cinéma, on n’observe pas de fortes modifications depuis les années 80 au niveau de la différenciation sociale. On retrouve toujours les mêmes déterminants, à savoir une scolarité plus longue, l’appartenance aux catégories dites moyennes et supérieures, et beaucoup moins celle au monde rural et ouvrier. Exception faite de la musique, ou plutôt l’écoute musicale, qui elle semble moins marquée socialement, particulièrement le temps de l’adolescence.

La culture serait donc l’apanage des « bobos » ?
On a beau prôner la Culture pour tous, proposer des spectacles gratuits, mener des actions de sensibilisation dans les quartiers très populaires, ce sont toujours les mêmes catégories qui se déplacent. Nous sommes aujourd’hui dans un schéma beaucoup plus segmenté qu’il y a 40 ans.

On pourrait pourtant croire que la démocratisation de l’accès à la culture peut avoir un effet sur la réduction des inégalités ?
Quoique puissent mettre en œuvre les politiques culturelles, ce n’est pas la culture qui atténuera les inégalités de situation, c’est l’école. Et à partir du moment où l’école régresse, ce qui est le cas aujourd’hui, la reproduction sociale sera encore plus flagrante.

L’offre culturelle pour les plus jeunes foisonne. Est-ce un élément important pour leurs pratiques futures et leur développement au sein de la société ?
Le choix en matière de spectacles pour enfants est effectivement très vaste, ce qui est plutôt une bonne chose. Même s’il y a une volonté politique et éducative à travers cette offre, je ne suis pas persuadée des répercussions à long terme. L’important est que les enfants y prennent du plaisir. Pour certains, ce sera une expérience esthétique forte. Et il n’est pas certain que la multiplication de l’offre soit déterminante, même si le beaucoup sera toujours mieux que le rien ! Il faut qu’il y ait un ravissement, quelque chose de l’ordre de l’extraordinaire. C’est principalement la rareté qui produit l’émotion et qui donnera envie d’en savoir plus. Si aller voir un spectacle devient un devoir et une pratique banale, les enfants risquent de saturer et de ne plus y prendre de plaisir.

Propos recueillis par Sonia Laroche

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