3
février
2015

L’AVIS DE L’ÉDUCATION NATIONALE

En charge du dossier Égalité des chances,
 Sylvie Marquer est conseillère académique auprès du recteur et intervient au sein de la cellule CARDIE (Cellule Académique de la Recherche – Développement, de l’Innovation et l’Expérimentation).
Elle nous livre son analyse sur l’efficacité
et les limites des actions menées
au sein de l’école.

« TOUT CELA FAIT DE LA FRANCE UN DES PAYS LES PLUS INÉGALITAIRES EN TERMES DE RÉUSSITE SCOLAIRE »

Les dispositifs d’égalité des chances à l’école sont nationaux, qu’en est-il des acteurs au niveau local ?___Et bien oui, tout cela est décidé au niveau national, mais s’occuper d’égalité des chances c’est s’occuper d’égalité des chances à tous les niveaux, donc la politique de la ville va obligatoirement jouer. Par exemple la ville de Nantes peut choisir de proposer à un public-cible une aide particulière… Il est difficile de délimiter le terrain des uns et des autres, étant donné le nombre de partenariats. Au rectorat, nous avons deux grands champs d’action, les cordées de la réussite et le lien avec les fondations et associations dont nous sommes partenaires. Mais nous avons également d’autres pôles, d’autres actions : l’éducation prioritaire, les résidences de la réussite avec le Crous, et des événements ponctuels, comme « Les entretiens d’excellence » le 7 Mars prochain, où des élèves issus de ces dispositifs d’égalité des chances vont pouvoir rencontrer des adultes qui ont eux-mêmes fait ce parcours « d’excellence ».

Ne trouvez-vous pas ce terme 
d’ « excellence » un peu galvaudé, voire
effrayant pour quiconque souhaite
entrer dans ces dispositifs ?___Si…
 D’ailleurs l’utilisation de ce terme
est régulièrement discutée, mais pour
le moment c’est ainsi. Ceci étant,
 l’idée d’excellence ne revient pas
 forcément à accomplir un parcours
avec un bac+5 au bout du chemin, il
 s’agit plutôt d’accéder à une forme d’épanouissement de la personne. Pour
 cela, il faut prendre en compte les classes sociales les plus défavorisées, en permettant à ces élèves d’envisager d’autres études, d’ouvrir des possibles… Le plus gros défi est de réussir à faire sauter les verrous mentaux, que ces élèves et ces familles s’autorisent enfin à envisager d’autres études, d’autres écoles, de nouvelles perspectives auxquelles ils n’osaient même pas penser. Ils demeurent imprégnés de ce déterminisme.

Aujourd’hui, avec le recul, que sait-on de l’efficacité de ces dispositifs ?___Hélas, les dernières études montrent que les écarts ont plutôt tendance à se creuser. Cependant, l’efficience réelle de ces dispositifs est difficile à évaluer, car comment les comparer vraiment ? Ces dispositifs existent, alors qu’en serait-il s’ils n’existaient pas ? Grâce aux résidences de la réussite par exemple, et aux tutorats mis en place, la majorité des élèves atteignent la seconde année à l’université, et poursuivent. L’auraient-ils fait sans ce dispositif ? Les chiffres sont donc toujours « délicats ». Notre objectif principal est donc de réussir à diffuser, à informer sur ces différents dispositifs, trouver des personnes relais dans les établissements… La multiplicité de ces propositions engendre une sorte de « mille-feuilles » des possibilités. Il faut pouvoir simplifier et relayer l’information auprès des chefs d’établissements, ainsi qu’auprès des enseignants, qui n’ont pas forcément connaissance de tout ce qui existe.

Parlez-nous des REP (Réseau d’Éducation Prioritaire, anciennement ZEP)…___C’est un dispositif absolument prioritaire auquel nous sommes particulièrement attentifs. À l’échelle nationale, l’académie de Nantes a de bons résultats, mais, comme partout, les écarts existants sont très importants. En d’autres termes, là où on ne réussit pas, on ne réussit vraiment pas (…) Il peut être stigmatisant pour un établissement d’accéder en REP, alors que d’autres y voient au contraire un avantage, celui de disposer de davantage de moyens… Un des outils mis en place récemment concerne une demande des enseignants d’avoir un réel temps de concertation, afin d’échanger et ainsi de mieux travailler auprès des élèves. Une autre stratégie, pour conserver ou faire venir dans ces REP des enseignants expérimentés, conscients des difficultés mais avec une réelle envie de s’investir, serait de faire un effort financier, et d’offrir une meilleure rétribution. Cela n’est pas d’actualité. Aujourd’hui, les chiffres concernant les REP ne sont pas convaincants : faible réussite des élèves, accroissement des écarts… Tout cela fait de la France un des pays les plus inégalitaires en termes de réussite scolaire.

Et les diverses modifications de la carte scolaire n’ont, j’imagine, pas pu changer grand-chose…___Je n’ai pas tellement de chiffres là-dessus… Je pense cependant que les procédures de « détournement » ont été réduites, même si elles perdurent, évidemment. Mais on ne peut jeter la pierre à personne ! On ne peut que comprendre que chaque parent ait envie du meilleur pour son enfant. Des établissements tentent aujourd’hui de proposer autre chose, une autre forme d’accès à l’éducation, une autre manière d’enseigner, une nouvelle vision, autour de quelque chose de dynamisant, de moteur, pour donner envie aux élèves, et aux parents, de venir ou de rester.

Propos recueillis par Elsa GAMBIN

PARTAGER CET ARTICLE