28
mars
2017

Le sport pour tous…

Article du dossier :
"SPORT, STOP OU ENCORE ?"

Entretien avec le Dr Marie-Carol PARUIT, médecin du sport, Pédiatre, responsable de l’unité fonctionnelle de médecine du sport au CHU de Nantes, présidente de l’IRMS -Institut Régional de Médecine du Sport.

Vous demande-t-on souvent quel sport est conseillé pour quel âge ?
Oui, et c’est une question mal formulée de la part des familles. Car si nous recommandons bien sûr une activité physique et sportive à tout un chacun, le plus important est que l’enfant fasse le sport qu’il a envie de faire. Il faut que l’enfant choisisse. Ce peut être un sport qui lui fait envie mais aussi un sport où il sera avec ses copains. Si on met l’enfant dans un sport qui ne lui plaît pas, c’est une punition ! Dans le service, on observe souvent les effets néfastes du choix des parents. Il ne faut donc jamais négliger et oublier la notion de plaisir. J’entends parfois qu’un parent va inscrire son enfant à la natation parce qu’il est « un peu de travers » ou qu’il fera du cyclisme « car son père en fait ». Si l’enfant exprime le désir de faire comme son parent, pourquoi pas, mais par contre il vaut mieux éviter de l’y obliger. Lorsqu’il est petit, le multisport est donc une bonne option pour tester plusieurs disciplines. Il faut également regarder quels sont les clubs autour de soi et ce que font les copains. Enfin, il ne faut pas oublier de demander au médecin traitant si l’enfant est apte.

Le sport dès petit et tout au long de la vie donc ?
Oui, et c’est essentiel de commencer assez tôt. Tout au long de la vie, nous conseillons au minimum 3 heures d’activité physique par semaine. En dessous de 9 ans, nous avons donc évoqué le multisport, et les petits sont très souvent motivés à l’idée d’un sport, même s’ils peuvent être changeants. De 9 à 13 ans, attention, l’enfant peut alors préférer pencher du côté des écrans et rapidement devenir sédentaire si l’on n’y prend pas garde. Il est donc important pour l’enfant de continuer une activité physique, et là aussi on peut s’appuyer sur les copains.

Et qu’en est-il du rapport sport / adolescence ?
En ce qui concerne l’adolescent cela devient très intéressant, car, dans une période de la vie où il va plus ou moins rejeter l’autorité parentale ou institutionnelle il va pouvoir au contraire obéir aux directives d’un entraîneur par exemple. Les jeunes ont de l’estime pour ce statut. Il y a aussi cette notion d’appartenance, de groupe, lorsqu’on se déplace avec son club et qu’on souhaite la victoire de celui-ci. Du sport résulte un bénéfice social incontestable. Il peut aussi servir à valoriser un jeune avec des résultats sportifs positifs, là où le même jeune peut être en difficulté scolaire ou dans le rapport à ses parents, qui peuvent alors suivre et encourager les déplacements du club. À l’adolescent aussi, il vaut mieux éviter d’imposer un sport. Et s’il souhaite stopper le sport qu’il pratiquait depuis longtemps, il faut essayer de comprendre sa décision, et ne pas rester sans explication. Il faut en revanche commencer à se poser des questions quand l’ado s’isole et ne veut plus rien faire du tout.

Quelles sont les contre-indications ?
En réalité, il y a très peu d’interdiction, et la majorité des contre-indications sont temporaires. Cela peut être compliqué en cas de risque vital, problème cardiaque, asthme d’effort, troubles du rythme, mais dans ces cas-là il faut alors discuter pour trouver une solution, par le biais d’une activité physique moins dangereuse par exemple, ou d’une adaptation de la pratique. Quoiqu’il en soit, il ne faut jamais laisser un malaise sans bilan. Tout essoufflement anormal ou malaise doit faire l’objet d’un avis spécialisé et d’un diagnostic. On voit souvent des ruptures de ligaments, des problèmes aux genoux. Il faut être vigilant avec les ados, qui veulent parfois reprendre plus tôt. Des aménagements peuvent être nécessaires, nous essayons d’encadrer ça. C’est primordial, aussi, d’expliquer régulièrement au jeune les raisons d’un arrêt. En tout cas, il faut toujours accompagner une inaptitude prolongée.

Parlez-nous de ce qu’on appelle « l’ESI, Entraînement Sportif Intensif ». À partir de quand une pratique sportive entre-t-elle dans cette catégorie ?
Pour les enfants de moins de 10 ans, nous considérons que 6 heures de sport par semaine c’est déjà de l’ESI. Et dans ces heures, nous comptons bien sûr le sport à l’école. Au-delà de 10 ans, un enfant qui fait 10 heures hebdomadaires suit un entraînement sportif intensif. Cela demande alors une surveillance spécifique. Ça monte vite : 4 heures d’EPS, 2 entraînements plus un match le week-end, et les 10 heures sont là. Il y a donc pour ces enfants-là un risque de blessure plus important ou de ralentissement de la croissance, l’apparition de pathologies de surmenage comme les ostéochondroses, des retentissements psychologiques (stress, fatigue, syndrome dépressif), mais aussi parfois des burn-out ou des troubles du comportement alimentaire. On voit des enfants pleurer en compétition. Mettre la pression à un enfant à l’entraînement et en compétition n’est pas admissible !

Le sport doit donc rester un plaisir avant tout. Que peuvent faire les parents pour entretenir ce bien-être sportif ?
Ils demeurent les mieux placés pour percevoir l’état d’esprit de l’enfant. Nous conseillons une journée au moins par semaine sans sport, pour la récupération. Le sommeil est très important aussi. L’enfant ou l’ado doit payer sa dette de sommeil de la semaine pour mieux repartir. Laissons-les dormir ! Si nécessaire, les parents peuvent aménager les temps avec l’entraîneur, et surtout, entendre et accepter la fatigue de l’enfant. À très haut niveau, l’enfant peut être en conflit avec lui-même, épuisé, il va tout de même vouloir faire plaisir à ses parents. Enfin, les familles n’y pensent quasiment jamais, mais il est impossible de faire l’impasse sur l’alimentation. La cantine n’est pas suffisante pour un enfant en entraînement intensif. Il doit avoir assez de carburant, prendre un goûter consistant comme un petit déjeuner, et des collations supplémentaires si besoin dans la journée. Rares sont les familles qui pensent à augmenter les rations nutritionnelles avec l’augmentation des entraînements. Dans le service, nous avons une diététicienne du sport qui apporte des conseils sur ce sujet.

Propos recueillis par Elsa Gambin

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