7
avril
2015

LES VALEURS AVANT TOUT !

Christophe C. et Malik T., parents de Katiana (6 ans ½) et Arsène (2 ans ½). L’homoparentalité peut avoir plusieurs visages ; adoption, procréation médicalement assistée (PMA) ou enfants naturels, si la législation ne favorise toujours pas la reconnaissance du couple en tant que parents, la cellule familiale dite « homoparentale » est belle et bien une réalité. Christophe C. et Malik T. sont un très joli exemple de famille où règne l’amour, le partage et la défense de leur « différence » !

Vous êtes les pères de deux jeunes enfants. À moins que la science ait fait des progrès considérables —et totalement dissimulés, vous ne les avez pas portés…___Christophe : Non ! (Rires) Je suis le père légal de Katiana que nous avons adoptée à Haïti avant le durcissement de l’adoption dans ce pays, juste après le séisme de 2010. En France, seuls les couples mariés et les célibataires peuvent prétendre à l’adoption. A l’époque, le Mariage pour tous n’était pas encore d’actualité, j’ai donc fait seul les démarches auprès du Conseil Général. Ce qui n’est pas évident pour un couple ; Malik s’est forcément senti un peu écarté du projet. J’ai eu l’agrément en 2009 et nous nous sommes, suite aux conseils avisés d’amis, tournés vers Haïti pour adopter.

Malik : Si Christophe est le père légal, je suis aussi le père de Katiana et nous n’avons pas caché notre situation familiale à l’administration, mais c’est vrai qu’il m’a été difficile de me projeter tant qu’elle n’était pas là.

Christophe : Malik n’a pas pu venir à la première rencontre avec Katiana en 2011. Il y avait un trop grand risque que les autorités Haïtiennes refusent l’adoption, confondant parfois homosexualité et pédophilie. Katiana avait 2 ans et demie et elle ne parlait pas, elle était très impressionnée —et moi aussi. Je lui ai montré des photos de Malik, de sa future maison… Et en juillet 2011, je l’ai ramenée à Nantes !

Malik : Parallèlement, on s’était inscrits sur un site de coparentalité. Fonder une famille était vraiment essentiel pour nous, alors on a multiplié les démarches. On a rencontré plein de filles, hétéros, homos en couple ou célibataires, puis, un couple de filles avec qui le feeling est vraiment passé. Pendant un an et demi, on a appris à se connaître et à échanger sur nos valeurs, notre vision de l’éducation… Le moment venu, on a signé « une charte de coparentalité » détaillant beaucoup de choses symboliques permettant de créer une vraie famille à quatre parents (dont seulement deux auraient l’autorité parentale). Arsène est arrivé naturellement quand nous étions tous en phase, prêts à élever ensemble un enfant qui aurait deux foyers, quatre parents, huit grands-parents…

Vous parlez des grands-parents de vos enfants. Comment cela se passe-t-il ?___Christophe : Il ne faut pas se leurrer, ce n’est pas toujours évident pour des grands-parents de se projeter. Ma fille est adoptée, mon fils est biologiquement celui de mon conjoint… Aucun lien du sang n’aide à la filiation, même si c’est plus facile pour mes parents avec Katiana qui porte mon nom et dont j’ai l’autorité. Mais les choses avancent et le lien affectif se crée avec Arsène.

Malik : Mes parents ne vivent pas dans la région, on les voit peu. Ma mère est un peu plus présente mais pour mon père, attaché à ses origines, c’est plus difficile.

Et vos enfants ?___Christophe : Arsène est encore petit mais finalement, le plus difficile pour Katiana, ce sont les remarques que l’on peut lui faire à l’école ou spontanément dans la rue. Elle a été abandonnée par sa mère et, effectivement, le plus dur pour elle, c’est quand ses camarades lui disent « t’as même pas de maman ! ». Les railleries ne viennent pas du fait que l’on soit deux papas mais plutôt sur ce qu’elle n’a pas : une maman !

Malik : Ou alors la question : « d’où tu viens petite ? ». Sa couleur de peau faisant d’elle forcément une étrangère ! Mais la fratrie existe entre Katiana et Arsène. C’est une force qui vient s’additionner à l’amour et la protection que nous leur donnons.

Auriez-vous un conseil pour nos lecteurs ?___Christophe et Malik : Pour des hommes, c’est forcément plus compliqué mais y croire et persévérer est indispensable. Il faut aussi beaucoup dialoguer avec son entourage, sources de connexions, et se rapprocher de structures collectives qui aident à atteindre son objectif : être un parent, comme tout le monde finalement !

 

Association des Parents et futurs parents Gays et Lesbiens →  www.apgl.fr

Centre LGBT de Nantes →  www.clgbt-nantes.fr

Propos recueillis par Valérie Marion

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