5
mai
2020

Marianne

Marianne, 32 ans, bibliothécaire, confinée en appartement avec mari et un tout petit bébé, chroniqueuse littéraire pour Addict-Culture, chroniqueuse livres adulte chez BIGRE.

CONFI-NÉE
J’ai eu la chance qu’on m’offre deux livres très inspirants durant ma grossesse sur ce qu’on appelle le Mois d’Or, le quatrième trimestre ou encore les quarante premiers jours de bébé. Pour que cette période hautement bouleversante se passe au mieux, un seul mot d’ordre : l’entourage. Parler, se faire aider, appeler les personnes ressources. Créer une bulle de douceur et de soutien. Deux semaines avant le terme, j’ai donc créé mon « Cercle du mois d’or » en envoyant un message à mes amies les plus proches (sentimentalement et géographiquement) pour leur dire que j’aurai besoin de leur présence, de leurs petits plats et de leurs conseils. J’étais sereine et confiante, mon post-partum se passerait en douceur et je serais bien accompagnée.

Mais ce que je n’avais pas pu imaginer, c’est que j’accoucherai le jour de l’annonce du confinement strict. Patratas ! Aucune visite à la maternité, un personnel présent mais stressé et des visages remplacés par des masques. Une fois sortie, aucune présentation de ma merveille, aucune balade le long de la Loire, aucun rendez-vous chez l’ostéopathe, aucune consultation à la PMI. Rien que le calme de la maison et les visages flous de son papa et de sa maman pour mon tout nouveau bébé. Au début, j’ai vu ça comme une chance inouïe : le temps de faire connaissance avec ma fille, une arrivée au monde sereine et tranquille, la possibilité de me reposer lors de ses siestes et, surtout, l’occasion de faire un magnifique doigt d’honneur au ridicule congé paternité de 11 jours en profitant de la présence du papa.

Certes, c’était très triste pour les grands-parents, mais si on devait attendre un mois ou deux pour qu’ils la découvrent, bon, ça irait quand même. Après tout, dans certains pays d’Asie, le post-partum confinement est réputé pour être idéal autant pour la jeune mère que pour le nouveau-né, alors bon… Et puis, au bout de quelques jours, je me suis rendue compte qu’il était très facile de s’enfoncer dans l’isolement. Et j’ai vite compris que ça n’était pas souhaitable.

En fait, à force de n’avoir que mon bébé sur qui focaliser et en ayant accumulé une bonne dose de fatigue, tout devenait potentiellement stressant et oppressant. Ne voyant personne, n’ayant pas la force de regarder un film ou ouvrir un livre, ne souhaitant pas allumer la télé pour y entendre des informations anxiogènes, je n’avais que ma toute fraîche maternité à laquelle penser. Je me suis sentie doublement confinée. Désormais conscients de cette période surréaliste, nous faisons au mieux pour offrir de belles premières semaines à notre bébé. Nous savions que rien ne serait plus pareil après sa naissance, mais n’avions pas imaginé que notre monde, nos repères et toutes nos certitudes éclateraient en morceaux. C’est finalement tout ça que nous allons réinventer avec elle.

Heureusement j’ai des amies fabuleuses, mamans ou non, qui depuis l’accouchement prennent de nos nouvelles très souvent, me rassurent et me parlent de leur vie avec le confinement. En bref, des soutiens qui m’apaisent et me changent les idées. Le téléphone évidemment est devenu mon meilleur ami, je passe des heures infinies à rire, pleurer et demander des conseils. Mon adorable sage-femme s’est déplacée plusieurs fois à la maison et ma pédiatre est hyper disponible derrière son masque et son protocole ultra aseptisé. Les professionnels, conscients du besoin des jeunes mamans, se plient en quatre pour assurer un service par mail ou par téléphone (je pense notamment à la permanence téléphonique des espaces des Pâtes au beurre qui ne lâchent rien).

Nous avons aussi pu suivre un atelier de portage et un entretien avec une conseillère en lactation en visio, ce qui a été bien utile. Finalement, j’essaie de mettre en pratique les préceptes du Mois d’Or, mais paradoxalement à distance. Bien sûr, j’ai hâte de pouvoir sortir autant que je veux avec mon bébé, le présenter à toutes ces personnes chères à mon cœur et simplement lui faire découvrir ce précieux parfum de liberté ! On y croit !

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