6
octobre
2014

Mon travail, c’est du temps pour moi

Avant, elle enseignait l’espagnol au collège. C’était avant. Maintenant, Marie-Charlotte Bretonnière a monté les Carrés verts du lac, son exploitation maraîchère biologique à La Chevrolière. Elle nous explique comment elle concilie sa vie d’agricultrice, de commerçante, de femme et de mère de trois fils.

Vous avez quitté les salles de classe en 2011 pour devenir exploitante agricole. Qu’est-ce que cela a changé dans votre gestion du temps ?

Une autonomie totale ! J’ai plus de temps de travail mais j’ai gagné une indépendance très appréciable. C’est un luxe, même si je ne m’attendais pas à avoir autant de boulot. Je n’avais pas autant de délais quand j’étais enseignante. Quand un cours n’était pas totalement prêt, il n’y avait pas de pression financière. Ce n’est pas la même chose pour la vente de légumes ! Mais mon nouveau métier est nerveusement moins fatiguant, de par sa nature et l’autonomie gagnée.

Vous avez trois fils de 16, 19 et 21 ans. Comment organisez-vous votre journée au travail et au foyer ?
Je me lève le matin entre 5h et 6h30. Je commence par quelques tâches ménagères avant d’aller au champ jusqu’à midi. Puis je m’accorde un vrai temps de pause personnelle. Je repars l’après-midi et continue le travail de comptabilité, de recherche, de communication chez moi le soir. Le temps de travail hebdomadaire oscille entre 50h et plus de 65h. Mes enfants ont grandi et ont moins besoin de moi, ce qui s’est bien agencé dans ma vie. Au bout d’un an, mon aîné est parti étudier, mais le plus jeune me saute dessus dès que je rentre pour me raconter sa journée ! On est une famille qui communique beaucoup, le temps passé ensemble est court mais dense.

Votre famille a-t-elle eu des difficultés à s’adapter à votre nouveau rythme ?
Auparavant, mon mari prenait moins en charge les tâches ménagères. Il a dû s’adapter et je m’en occupe beaucoup moins. Maintenant Xavier consacre une partie du week-end au ménage. Mes fils sont beaucoup plus sollicités pour des tâches simples : la cuisine, le linge…

Trouvez-vous du temps pour vous occuper de vous ?
La pause du midi s’est imposée naturellement : j’ai senti que j’en avais besoin. Je m’octroie également des vacances : une semaine l’hiver et trois jours l’été. Mais mon autonomie me permet par exemple de travailler le dimanche et de faire autre chose le lundi après-midi. Je peux prendre le temps nécessaire pour mes enfants ou moi.

Lorsque cela vous arrive, éprouvez-vous de la culpabilité à prendre du temps pour vous ?
Non, car mon travail, c’est du temps pour moi : je me sens suffisamment épanouie dans mon métier. Le temps de solitude dont chacun a besoin, qui est important pour moi, je le trouve quand je suis au champ. Et je croise quand même beaucoup de monde, entre les clients et les autres producteurs.

Pensez-vous que ce sentiment de culpabilité soit un trait particulièrement féminin ?
C’est sûrement un trait plus féminin.

Vos loisirs ont-ils changé ?
Je ne lis plus. Je vais dix fois moins souvent au spectacle. J’ai interrompu le bénévolat dans deux associations, et je ne suis plus très active à Connaître et Protéger la Nature (CPN).

Quel conseil donneriez-vous aux femmes qui voudraient se lancer dans un métier très chronophage ?
Allez-y ! Mais ça doit être bien plus dur avec des enfants jeunes, car ils ont besoin de beaucoup de temps de présence.

www.laruchequiditoui.fr

Propos recueillis par Gabriel Gervier

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