28
octobre
2019

PARENTALITÉ POSITIVE, BILLET D’HUMEUR

Écrire un papier sur l’éducation positive et bienveillante fin août, après trois semaines passées avec la marmaille ses enfants, c’est comme devoir vanter les qualités touristiques d’une ville après le passage d’un ouragan : c’est compliqué. Car certaines mères (dont je fais partie) finissent toujours leurs vacances sur les rotules et aphones d’avoir trop beuglé.

Que les choses soient claires : à la base, je valide à 100% les méthodes éducatives tirées de l’éducation positive et bienveillante, qui propose d’éliminer les rapports de force entre adultes et enfants au profit du dialogue, de l’empathie et de la non-violence (physique et verbale) tout en remettant de la joie, de l’autonomie, de la confiance et de la bonne humeur au sein de son foyer (grosso modo).

Comment ne pas y adhérer ?

Concrètement, mon conjoint et moi ne dévalorisons jamais nos enfants ; nous les encourageons dans toutes leurs entreprises ; nous leur apprenons que rater est indispensable pour réussir. Nous les aidons à identifier leurs émotions et à exprimer avec des mots ce qui les traverse. Et pourtant, malgré une appétence naturelle pour le dialogue et une créativité débordante qui m’aide chaque jour à solutionner les problèmes qui ne manquent jamais de surgir au sein de la famille, il m’arrive souvent de gueuler comme un putois, de punir et de claquer des portes (mais jamais mes enfants, ce que je trouve plutôt positif et bienveillant.)

En réalité, à la naissance de mon deuxième fils en 2016, je me suis même lancée avec une ardeur désespérée dans la rédaction d’un blog, Panique sa mère. J’aurais adoré qu’il s’agisse d’un énième blog de parentalité positive à travers lequel, du haut de mon expérience suffisamment réussie pour la partager, j’aurais pu donner des conseils avisés aux parents perdus. Or, Panique sa mère m’a plutôt servi d’exutoire pour raconter avec humour et dépit mes ratés et mes enfants relous. Pourquoi ? Parce que comme la majorité des parents, je suis au milieu – c’est-à-dire que je ne fais ni partie de la poignée de parents réac’ traditionnalistes convaincus par les méthodes éducatives militaires ; ni des abonnés aux magazines de parentalité positive qui ont su accéder au Graal parfois dogmatique de l’éducation positive.

En effet, comme nombre d’êtres humains, je suis quotidiennement travaillée par mes paradoxes, tiraillée entre désir de bienveillance et limites personnelles.

Du coup, l’éducation que reçoivent mes enfants est un mélange un peu nébuleux entre dialogues et engueulades, rires et crises de nerfs, encouragements et punitions débiles, soutien total et chantages honteux. D’ailleurs, les parents réac’ me trouvent désespérément laxiste et les pontes de l’éducation positive, complètement hystérique et déstabilisante pour le bien-être émotionnel de mes fistons. Du coup, je m’interroge : si un enfant ne reçoit pas vraiment une éducation positive, est-ce que ça veut dire qu’il en reçoit une négative ? Si des parents ne sont pas des pro de l’éducation bienveillante, sont-ils alors malveillants ?

Récemment, j’ai lu cette phrase sur un site internet : « La discipline positive – courant de l’éducation positive – se fonde sur l’étude de la psychologie de l’enfant (…) » Là, une petite lumière s’est allumée dans les brumes de mon cerveau : étudier la psychologie de l’enfant c’est super mais ça ne me semblerait pas superflu d’étudier également celle d’un parent, un parent crevé quand il rentre du boulot, un parent parfois saturé, fauché, sur-sollicité, un parent qui aspire à un peu de calme et de solitude, un parent paumé, bref, un parent réel. Mais surtout, un parent qui accepte ses limites. Car finalement, la bienveillance, avant de s’appliquer à l’éducation des enfants, ne devrait-elle pas d’abord s’appliquer à soi-même ? (Attention spoiler final : BIEN SÛR QUE SI !)

Claire Loup

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