19
novembre
2019

PASSION DÉCHETS, LA VOIE DU SUCCÈS ?

Article du dossier :
"POUBELLE LA VIE !"

BIGRE a rencontré Johanna Le Mau, pionnière à Nantes et big boss des boutiques de vrac Ô Bocal. À 29 ans, elle a fait de sa passion des déchets —ou plutôt du zéro déchet, un mode de vie qu’elle partage volontiers. Tirage de portrait (sur papier recyclé) d’une activiste qui nous aide au quotidien en facilitant nos envies de pratiques plus responsables !

Petite, Johanna souffre des propos d’un instituteur violent : « votre fille finira suicidaire ou anorexique mais ne fera rien de sa vie ! » La fillette précoce, qui a juste besoin qu’on la stimule, finit par sauter une classe qui l’amène droit au collège. À cette époque, Johanna veut être pompier, comme son père. D’ailleurs, elle consacre ses samedis après-midi à l’école des jeunes pompiers (JSP) pour devenir ensuite pompier volontaire (ce qu’elle sera jusqu’à ses 22 ans). En grandissant, ses envies changent et si elle continue ses week-end de garde à la caserne, elle opte pour des études en management puis en marketing à Nantes et Tours.

À 22 ans, master 2 en poche, sa vie change.

« J’ai fait mon master 2 en alternance et l’entreprise dans laquelle je travaillais m’a proposée un CDI, mais je ne m’y sentais pas à ma place. J’accompagnais alors une jeune entrepreneuse, Anaïs, qui avait énormément de charisme et d’énergie. Elle m’a inspirée. » Johanna refuse le CDI, mais a ensuite du mal à trouver un travail qui lui convienne. Elle s’engage alors dans différentes associations nantaises et découvre Discosoupe. Un véritable tournant dans sa vie ! « On organisait des événements festifs dans l’espace public pour sensibiliser au gaspillage alimentaire ». Elle rencontre Maude, la fondatrice de l’antenne nantaise. Cette dernière travaille également sur un projet qui référence les lieux green à Nantes. « J’ai bossé avec elle dans les bureaux de Zéro Gâchis, et développé alors une grosse passion pour les déchets. Je viens de Pordic, une ville proche de Saint-Brieuc, et j’avais envie de remettre du bon sens dans ma vie, dans ma façon de consommer, même en habitant en centre-ville ». Elle lit alors le livre de Béa Johnson « Zero waste home » et commence à vivre sur le principe des 5R (refuser, réduire, réutiliser, recycler et rendre à la terre). « Je courais dans tous les sens pour réussir à consommer mieux sans produire de déchets et, un jour, une autre copine de Discosoupe, Marion, me parle d’une épicerie vrac à Bordeaux… La Recharge, première épicerie vrac en France ». Là, Johanna s’est dit :

« Mais pourquoi est-ce que ça n’existe pas à Nantes ? On va ouvrir une épicerie comme ça ! »

Elle pousse la réflexion pendant plus d’un an mais avec le peu d’épiceries semblables, les banques la prennent pour une écolo trop rêveuse. Motivée, elle ne baisse pas les bras et se fait accompagner par les Écossolies, notamment sur la dernière étude de faisabilité du projet.  En novembre 2015, elle ouvre une boutique éphémère et là, c’est le succès. Plus de 1000 personnes viennent découvrir et commencer à consommer « autrement ». « Avec ce chiffre et celui de la campagne de crowdfunding sur Ulule où l’on a réussi à lever 12 000 euros (pour un objectif à 8 000), les banques ont commencé à nous prendre au sérieux ». Nous voici en 2016 et Johanna ouvre Ô Bocal, la première épicerie en vrac indépendante de Nantes, au 3 rue de l’Hôtel de Ville. Aujourd’hui, elle emploie 8 personnes sur ses deux boutiques. « Nous avons ouvert notre droguerie, au 10 bis allée des Tanneurs, en septembre dernier. Mais attention, fin décembre, on ferme pour faire des travaux et switcher les deux boutiques. Début 2020, ce sera donc l’inverse ! ». Johanna ne s’intéresse pas à la franchise de sa marque. « Ce que je veux, c’est avoir un impact au niveau du territoire, faire du lien entre les acteurs locaux et surtout démocratiser le vrac ». Investie, elle a également cofondé l’association professionnelle Réseau Vrac (1000 adhérents), donné des cours d’entrepreneuriat, fait des conférences… L’année dernière elle a été invitée au Sommet Mondial du Climat à San Francisco. Et quelle année ! Elle a aussi reçu le prix Entrepreneures de Talent catégorie jeunesse par la Chambre des Métiers et de l’Artisanat des Pays de la Loire, le prix Ecovisionnaires par le réseau Femmes de Bretagne et a même reçu une lettre de félicitations de l’Assemblée Nationale ! On peut dire qu’à 29 ans, elle est déjà loin la petite fille qui ne fera rien de sa vie.

Valérie MARION

obocal.com

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