19
novembre
2019

POUBELLES, LEUR VIE !

Article du dossier :
"POUBELLE LA VIE !"

Une fois n’est pas coutume, pour ce dossier consacré à nos déchets, nous n’avons interrogé que Nantes Métropole. Pourquoi ? Pour comprendre comment ça fonctionne à notre échelle. Rencontre avec Michèle Gressus, élue aux affaires générales, à la collecte et traitement des déchets et à la propreté. Et cette ancienne institutrice, ancienne maire de Bouguenais n’a pas vraiment sa langue dans sa poche !

Un peu de « technique » ! Dans la Métropole nantaise, qui collecte les déchets ? Et comment sont-ils traités ?

Pour la commune de Nantes, c’est une régie publique de Nantes Métropole qui collecte tous les types de déchets. Elle collecte également les ordures ménagères et les déchets recyclables du Pellerin, de La Montagne et de Saint-Jean de Boiseau. Les autres districts sont en régie privée. Nous travaillons avec Suez RV Ouest, Urbaser Environnement et Véolia qui renvoient les déchets sur les sites de traitement.

Nous avons deux exutoires de traitement des déchets dits ultimes (poubelles et sacs bleus). On entend par exutoire deux complexes industriels. Ils appartiennent à la Métropole mais sont gérés par deux entreprises privées parce qu’il s’agit là de métiers particulièrement spécifiques. Le site historique Arc en Ciel à Couëron est tenu par Véolia et est doté de deux fours pour incinérer le contenant des sacs et bacs bleus. Ce complexe a la capacité de faire de la vapeur. Cette vapeur est revendue à l’industrie, comme ArcelorMittal, tandis que le supplément est converti en électricité utilisée sur le complexe même. Le surplus d’électricité étant lui revendu à ERDF. On peut dire qu’on est à 100% d’énergie renouvelable. Pas au sens des nouvelles énergies mais 100% est réutilisé. S’y trouvent également des chaînes de tri en constante évolution. On y traite à la fois les déchets du BTP, des déchetteries mais aussi nos déchets secs (sac jaune). Ces derniers, que ce soit pour Nantes Métropole ou pour la Carène (agglo de Saint-Nazaire), atterrissent in fine ici ; cet outil est mutualisé. Il y a encore 15 ans, le tri était uniquement manuel, ce qui rendait le travail extrêmement pénible. Aujourd’hui, c’est un tri mécanique ce qui permet aux personnels de retrouver des conditions de travail acceptables. Depuis le 1er octobre, la chaîne de tri a été modernisée pour entrer dans la nouvelle délégation de service public qui a été signée l’an dernier. Nous avons deux nouveaux robots dit de « sur tri ». C’est-à-dire que le tri mécanique fait son rôle mais à la fin, il restait encore une quantité de déchets qui n’était pas encore dans le bon flux. Ce triage se faisait uniquement manuellement. Maintenant, avec ces robots, le travail du personnel en bout de chaîne est moins fastidieux et leurs conditions de travail sont plus acceptables. À la fin, il ne reste plus que des choses qui n’iront jamais dans une filière d’utilisation des ressources (énergie, recyclage, etc.) et qui sont donc incinérées. Le second site, Alcéa, se situe Prairie de Mauves. Cet incinérateur alimente le réseau de chaleur Centre Loire et produit de l’électricité. La collecte « jaune » est renvoyée sur le site de Couëron.

 

Les déchets triés sont donc ensuite envoyés sur des sites spécifiques pour le recyclage et la transformation de ces matières. Pouvons-nous être certains qu’ils restent en France ? Qu’ils ne partent pas polluer à l’autre bout du monde ?

À la Métropole, on est absolument certains de nos exutoires finaux (recycleurs/transformeurs – NDLR). C’est-à-dire que dans la valorisation du verre, on sait où il est traité et ça reste en France. Pour ce qui est du papier, c’est un peu plus compliqué en ce moment. Il y a un vrai problème sur les papeteries (qui sont les recycleurs) en France et en Europe, elles ne sont plus concurrentielles et recycler coûte cher aux collectivités. D’ailleurs, j’aimerais bien que l’État se penche un peu sur le maintien de nos grandes papeteries françaises pour ne pas avoir à envoyer nos papiers et cartons réutilisables au fin fond de l’Europe, voire pire. Pour Nantes Métropole, la puissance du nombre, de la quantité, nous permet encore de rester en France (en Alsace – NDLR) même si ça nous coûte de plus en plus cher. Je sais que ce n’est pas le cas de toutes les collectivités.

Pour ce qui est du textile, du métal, des plastiques, les exutoires sont en France. Quelques tonnages (en marge) partent en Belgique ou en Espagne mais on est très vigilants. On essaie toujours de trouver au plus proche et c’est ce que l’on fait dès qu’on le peut, c’est-à-dire régionalement. Quand ce n’est pas possible, c’est la France avant tout.

Certaines personnes ont trouvé notre politique de mise en place des filières pas assez rapide mais, en les développant les unes après les autres, nous nous sommes assurés qu’elles seraient pérennes car c’est un gage de qualité.

Pour exemple, quand je suis arrivée en 2008, on ramassait les piles mais qu’est-ce qu’elles devenaient ? On s’est mis la tête dans le sable ! Les grandes surfaces ont continué à les récolter mais nous on a arrêté jusqu’à ce que la filière soit sûre, ne voulant pas polluer les terres d’ailleurs… Dorénavant, elles sont collectées en déchetterie.

 

Une conscience de l’importance du traitement de nos déchets qui s’est quand même nettement généralisée…

Oui, les gens font de plus en plus attention et la quantité de déchets baisse régulièrement. Ils sont mieux sensibilisés aussi. On peut d’ailleurs, même en famille, aller visiter les sites pour bien se rendre compte. Pour moi, il y a deux phrases qui font cas : « montre-moi tes poubelles et je te dirai qui tu es » et « le déchet le meilleur est celui qu’on ne produit pas ». Une fois qu’on a dit ça, il faut quand même trouver les moyens de changer ses pratiques, de se regarder et d’amener les « c’est pas pour nous » à réfléchir à l’impact de leurs habitudes.

 

Oui mais il y a aussi la problématique de ce qu’on nous propose. Les produits trop emballés…

C’est bien ce dont je parle, mais nous avons face à nous des lobbies très puissants qu’en tant que collectivité, nous n’avons pas le droit de dénoncer.

 

Si le consommateur peut refuser d’acheter ce produit, il n’en est toutefois pas le responsable… Alors on fait comment ?

Oui, et ce n’est pas la faute de l’élu non plus ! Nous, notre rôle avec les équipes, c’est plutôt d’être éducateurs populaires. Par exemple, on a créé le défi Famille Zéro déchet. Au départ, ce sont surtout des familles militantes de la première heure qui ont participé. Puis, les profils se sont élargis, grâce notamment au travail d’associations sur le terrain. Aujourd’hui, près de 200 familles de tous horizons relèvent le défi. On voit bien qu’on est globalement de plus en plus attentifs à notre planète et la gestion des déchets n’a pas de couleur politique. Chaque action pour réduire ses déchets n’est pas compliquée en tant que telle mais toute ensemble, ça devient plus complexe. Il faut tendre vers le zéro déchet car notre planète ne nous donnera pas de ressources à l’infini. Seuls les consommateurs ont un pouvoir d’action.

 

Question naïve. Pourquoi les bouteilles plastiques ne sont pas réutilisables ?

On n’a pas le droit de le faire pour une question d’hygiène et c’est vrai pour toutes les lois qui concourent à l’emballage alimentaire.

 

Et ce projet de loi sur l’économie circulaire de Brune Poirson, secrétaire d’État auprès de la ministre de la transition énergétique et solidaire sur la consigne de bouteille plastique, vous en pensez quoi ?

Que c’est une vraie fausse bonne idée et pour deux raisons. La première, c’est que franchement, avec la qualité de l’eau du robinet, on peut s’abstenir d’acheter de l’eau en bouteille en plastique et que la bouteille en verre est recyclable tout le temps. Ce qui n’est pas le cas du plastique qui n’est réutilisable que 3 ou 4 fois, pas plus. Après, il finira sa vie en gros plots sur les routes ou en chaises de camping, mais c’est tout. Et, pour fabriquer ces bouteilles en plastique, on utilise une quantité d’énergie et de flotte de cinglé ! Donc, si vous voulez mon avis, utilisons les bouteilles en verre.

Ensuite, parce que le plastique est facile à collecter et facile à revendre aux fabricants de bouteilles. Ce serait donc une perte de revenu pour la collectivité, le consommateur devrait payer une consigne et ramener sa bouteille là où il l’a acheté. En gros, tout le bénéfice reviendrait au fabricant de bouteilles. Tout en ayant une incidence sur les taxes qu’on paye tous à la collectivité parce les déchets, ça coûte des sous. Une fausse bonne idée, je le dis et le répète. L’enjeu, ce n’est pas de récupérer les plastiques, c’est surtout de ne pas en utiliser.

 

C’est donc aux citoyens de prendre leurs responsabilités…

On ne peut pas choisir à la place du citoyen, on ne peut que l’éclairer. Il faut vraiment donner les moyens aux associations, qui sont sur le terrain parfois depuis plus longtemps que les élus. Il ne faut pas stigmatiser la population mais être persuasif. Il y a beaucoup d’angles d’entrée, comme la santé par exemple, notamment auprès des familles qui sont naturellement sensibilisées à ce sujet. Et les gosses sont de plus en plus écolos ! Même si ça ne dure pas forcément (rires).

 

Il est donc question de pédagogie. Alors pourquoi, par exemple, ne pas mettre systématiquement dEs poubelles de tri dans les parcs ou dans les rues ?

On a des marges de progrès et on le sait. En revanche, nous ne sommes pas la Suisse ou le Japon où on pourrait pique-niquer dans leurs déchetteries. Nous sommes… (silence pudique). Par exemple, à la dernière Journée de nettoiement, ce sont des kilos et des kilos de mégots qui ont été ramassés. Quand on sait que c’est imputrescible pendant au moins 10 ans, qu’en plus ça part dans les eaux fluviales… Pour preuve, l’expérience tentée par une très grande entreprise commerciale de la métropole qui a mis des poubelles de tri sur son énorme parking. Échec total, les sacs ramassés finissent tous en benne bleue… Pourquoi ? Parce qu’il faudrait une dizaine de personnes, le soir après 22h, pour trier tout ce que les gens y balancent sans discernement. Je ne nie pas l’effet pédagogique de cette action mais ces poubelles ne sont bien utilisées que par ceux qui le font déjà par ailleurs. Point barre.

 

Ça veut dire que dans nos sacs bleus aujourd’hui, il y a encore énormément de choses qui pourraient être recyclées ?

Oui, y compris du verre.

 

Et on est d’accord qu’il n’y a pas de tri fait sur les sacs bleus et que ça part direct à l’incinérateur.

Oui, de fait ! C’est aussi pour ça qu’on édite des supports d’information qu’on souhaite ludiques pour sensibiliser les gens. Et puis, pour ceux qui disent ne pas savoir, tout est indiqué sur le site internet de la Métropole, des bonnes pratiques jusqu’au plan des déchetteries…

 

Mais, si j’ai un truc dans la main et que je ne sais où le jeter, qu’est-ce qu’il vaut mieux faire ?

Cette question simple est finalement complexe parce que si c’est un smartphone, vous imaginez la catastrophe ! Par exemple, un des derniers départ de feu sur la chaîne d’Arc en Ciel, et ça arrive souvent, est dû à des bombonnes de camping gaz pleines que des gens ont jeté au tout venant. Évidemment ça a explosé et heureusement il n’y a eu aucun blessé. Mais pour répondre à votre question, j’aurais tendance à dire que si vraiment je n’ai aucun moyen de savoir, dans le doute, mettez-le dans le sac ou bac bleu. On devrait savoir, ça n’empêche pas les pièges. Si vous prenez les bouteilles d’eau gazeuse colorées en rouge ou les bouteilles de lait brillantes (ironie quand il s’agit par exemple de lait issu de la filière bio – NDLR), elles ne se recyclent pas, ou mal, malgré le petit logo apposé dessus qui pourrait nous induire en erreur. En fait, ça signifie qu’ils payent une écotaxe. Tout nouveau matériau devrait idéalement passer devant un comité d’éthique, ce qui est le cas sur l’aspect sanitaire, mais pas sur sa capacité à être recyclé.

 

Vous avez une conclusion à nous apporter ?

Pour conclure, oui ça coûte cher, mais on y arrive. Oui on a des marges de progression, on en découvre tous les jours. Oui la réorganisation est lente, parce qu’il faut que les gens se l’approprient et ça, c’est vrai pour tous les sujets de la vie et du changement. Il faut savoir aussi que l’État peut décréter tout ce qu’il veut, la gestion des déchets est une compétence locale et c’est nous qui, au final, payons. On sait que pour ce changement de société, les gens sensibilisés ne nous ont pas attendus mais on ne gagnera la bataille que si le plus grand nombre nous suit. La collectivité a un rôle important à jouer dans cette émulation, à Nantes Métropole, nous prenons nos responsabilités.

 

Propos recueillis par Valérie MARION

 

Vous souhaitez connaître tous les chiffres, et plus encore, sur les déchets de Nantes Métropole ? Consultez le rapport déchets 2018 sur le site :

nantesmetropole.fr

Vous avez des doutes sur vos habitudes du tri, toutes les infos ici :

metropole.nantes.fr/principes-tri-dechets

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