29
mars
2016

Signes extérieurs de richesse

Son nom : Lætitia Tual. Son talent : incontestable. Son métier : chansigneuse. Artiste à part entière, cette trentenaire à la gestuelle élégante traduit, en langue des signes, la parole des artistes sur scène, du hip-hop au chant lyrique en passant par les spectacles pour enfants. Elle se bat pour l’accès des sourds à la culture, face à une offre qui leur fait cruellement défaut. Le mot « handicap » la met en rogne lorsqu’on aborde la communauté sourde. À juste titre. Si communiquer dans une autre langue est désormais un handicap, les bretons et les corses risqueraient de mal le prendre, non ? Portrait d’une sacrée nana qui n’a pas sa langue dans la poche, et encore moins ses mains.

C’est en lisant Le Cri de la mouette d’Emmanuelle Laborit que Lætitia eu envie de pratiquer la langue des signes. Elle n’a alors que 15 ans et cherche à se construire en silence « C’est l’idée de culture et de communauté qui m’a captivée. Au début, je baragouinais avec mes 3 pauvres signes et toute ma honte ». Elle économise donc pour se payer un stage à la Persagotière, puis découvre les Cafés des signes.

C’est là qu’elle sympathise avec des sourds de son âge, qui l’invitent à faire la fête au sein de la communauté sourde. Qui dit fête, dit musique. Et in extenso paroles. Baignée dans un univers familial où la poésie et les mots ont une grande valeur, Lætitia est très sensible aux chansons à texte et particulièrement aux messages explosifs du rap. Frustrée de ne pas partager sa musique avec ses nouveaux potes, elle tente maladroitement des traductions puis crée à 18 ans son premier atelier de chansons signées. Une idée qui fait d’abord rire son entourage.

« De la musique pour les sourds, et pourquoi pas de la peinture pour les aveugles tant qu’on y est ! ».

Paroles, Paroles, Paroles, chantait Dalida. Lætitia se refuse à baisser les bras ! Commence alors un parcours du combattant dans un milieu où le sourd est toujours considéré comme un handicapé et où le métier d’interface de communication peine à être reconnu. À 24 ans, elle chansigne pour des spectacles dans l’asso Cultiv’art puis fait ses premières créations. En 2007, elle traduit son premier concert, celui du groupe les Malpolis, à Toulouse. Les images de sa performance en live l’aident dès lors à mieux faire comprendre sa démarche artistique et convainquent le rappeur Blacksad de lui donner sa chance. Puis, elle travaille aux côtés de groupes tel Djazafaz ou Flow Demo.

En parallèle, sa collaboration au festival Hip-Opsession lui permet d’être remarquée en 2010 par le groupe Fumuj. La voilà donc partie pour une grande tournée de concerts, en France et à l’étranger. Son activité prend de l’essor. Son énergie fulgurante, ses gestes délicats et ses sourires rayonnants transportent le spectateur dans un univers sensoriel fascinant. Quatre ans plus tard, Læty perd son statut d’intermittent du spectacle, elle se demande si elle a pris la bonne voie (voix ?) et décide de faire une saison à la montagne « j’ai même eu envie de me couper les mains ! ».

Mais le chansigne la démange et de nouvelles idées lui chatouillent les bras.

Depuis quelques mois, Laetitia persiste (et signe donc) dans un nouveau projet en solo, Le Morue ? Chaud ! tout en reprenant ses collaborations avec des artistes en live, notamment avec Radikal MC pour « Lever l’encre », et ses actions de sensibilisation à la culture sourde. Elle reste cependant en colère contre ceux qui portent un regard réducteur sur cette communication différente « J’en ai marre de travailler avec des gens qui ne cherchent pas à connaître la langue des signes et qui trouvent ça juste beau. C’est une vraie langue, et non du folklore ! ». Pour la beauté du geste, il ne reste donc plus qu’à écouter attentivement ses mains.

Sonia LAROCHE

1er et 2 avril au TNT avec Claire Penisson
→ laetysignmouv.wix.com/signmouv

PARTAGER CET ARTICLE          
À LIRE AUSSI

LA BELLE VERTE

Publié le 30 août 2020
Préserver la planète par le prisme d’une action citoyenne et positive, tel est le concept vertueux de la World Cleanup Day....

UN WEEK-END PÉTILLANT : PSCHIIIT

Publié le 22 août 2020
Pour retrouver le public après sa fermeture en mars, Stereolux prépare un vent de fraîcheur avec son premier rendez-vous PSCHIIIT. Le temps d’un week-end, les famill...

MONTER LE SON, COUVRIR LA RUMEUR

Publié le 17 août 2020
L’expo qui fait résonner les BPM…...

ELLE EST BONNE LA FRANQUETTE ?

Publié le 17 août 2020
La gourmandise, on entend plus parler que de ça !...