6
octobre
2014

SOMMEIL : CHACUN SON RYTHME

Dormir moins pour courir plus : la tentation est forte de grignoter des heures de sommeil pour boucler son emploi du temps. Mais le prix à payer peut s’avérer lourd sur la santé physique et psychique, explique le docteur Laurène Leclair-Visonneau, neurologue du Centre du sommeil et de l’hôpital Nord Laennec.

L’institut national du sommeil et de la vigilance (INSV) a réalisé un sondage en 2013 : les Français dorment 7h par nuit en semaine. C’est moins que dans les années 80. Quelles sont les conséquences de cette perte de sommeil ?
Le besoin de sommeil est individuel. Il se situe en moyenne entre 7 et 8 heures, mais il y a des gens qui vont dormir moins de 6 heures ou plus de 9 heures. Quand on ne se respecte pas, on est en privation de sommeil récupérateur, de cycles profonds et paradoxaux. Le sommeil profond favorise notamment la récupération de l’organisme, le sommeil paradoxal se déroule en fin de nuit et sert à la récupération psychique (mémoire, apprentissage). La privation provoque de la fatigue, de la somnolence, de l’irritabilité. Le manque de concentration dû à la fatigue est accidentogène et la mauvaise humeur augmente l’anxiété ou la déprime. Le sujet qui ne dort pas assez a également plus d’appétence pour les aliments sucrés et gras.

La qualité du sommeil est-elle différente entre les hommes et les femmes ou entre les classes sociales ?
Non. Il y a probablement plus de privations chez les cadres, qui souffrent d’une surexposition au multimédia (portable, ordinateur, etc.).

Perdons-nous en qualité du sommeil ?
Oui, le Centre du sommeil de l’hôpital Nord Laennec a enregistré 650 demandes de consultation en 2013, contre 541 en 2012. C’est une tendance lourde. On accueille de plus en plus d’adolescents qui souffrent du stress et de l’exposition au multimédia. Une étude sur des collégiens a été réalisée à Strasbourg : les jeunes qui ont leur portable dans leur chambre perdent une heure de sommeil.

Quels sont les principaux troubles du sommeil ?
L’insomnie touche entre 15 et 20% de la population et englobe les difficultés à s’endormir, les réveils précoces ou les coupures de sommeil. Elles peuvent être dues à des troubles anxieux, dépressifs ou des troubles physiques. Pour la soigner, il faut s’attaquer aux causes. L’anxiété se réduit par la pratique du sport (de préférence le matin) et par la relaxation.
L’apnée du sommeil touche 5% de la population. Elle est rare chez les femmes, où elle va apparaître après la ménopause. L’apnée est un arrêt respiratoire qui se répète plus de 15 fois par heure. Pour les troubles lourds, on va utiliser une machine qui souffle de l’air et maintient la gorge ouverte. Il existe également le trouble des « jambes sans repos » : c’est le besoin de bouger les jambes quand on est couché. C’est un trouble nerveux dû à la dopamine : il faut examiner le taux de fer du sujet. Cela peut être lié à la thyroïde et accentué par la prise d’antidépresseurs et peut se soigner par un traitement médical. Enfin nous sommes confrontés à d’autres problèmes plus rares comme la parasomnie, le somnambulisme.

Quels conseils donneriez-vous pour améliorer son sommeil ?
Être à l’écoute de soi : observer son sommeil pendant les vacances, où il n’y a plus de contraintes. Le sommeil se prépare en journée, par la pratique du sport, et le soir en se ménageant un sas de décontraction. Et surtout, il faut éviter tous les écrans deux heures avant le coucher, car les écrans de portable ou d’ordinateur sont des stimulations intellectuelles qui émettent trop de lumière.

Propos recueillis par Gabriel Gervier

PARTAGER CET ARTICLE