5
mai
2020

Sonia

Sonia, confinée une semaine sur deux avec Lazare (8 ans) et Louison (16 ans).

Depuis le 17 mars à midi, tout a basculé. Le pays est entré en guerre. Vaste blague. Aucun bombardement à l’horizon, aucune arme à la main, mise à part ma poêle en fonte qui pourrait assommer, si je le voulais, un homme de 80 kg maximum. Si tant est qu’il soit question de se battre pour notre survie, en tout cas pour celle des plus fragilisés, la bataille va donc se jouer ailleurs, sur un terrain non pas miné, mais confiné. Dès les premiers jours, les médias nous ont distillé de merveilleux conseils pour surmonter cette période sans être déconfits, sur les réseaux sociaux ont fleuri des idées pour « réussir » son confinement. Plusieurs questions me viennent donc à l’esprit : parce qu’on peut le rater ce confinement ?! Si on le rate, on a raté notre vie ? Faire l’école à domicile, faire ou ne pas faire son pain maison… je me suis penchée sur le sujet.

Faire la classe à la maison avec classe
Au début, l’idée me parut très stimulante, voire marrante. Chouette ! on va jouer à la maîtresse. Je me revoyais enfant avec mon tableau, mes craies, mes poupées, les grondant allègrement parce qu’elles ne connaissaient pas leur table de 8. Mon programme d’action était parfait, sur le papier. Lever à 9h. Classe de 10h à 12h, avec une récréation de 20 mn, qui est normalement de 15 mn à l’école, mais je voulais apporter une forme de souplesse maternelle.

Puis déjeuner, reprise des cours à 14h, et à 15h30 c’était plié… En recevant le premier mail de l’instituteur, j’ai vite déchanté. Il semblait loin le temps des poupées. On commence l’école, à 11h, par un « jogging d’écriture » : tu pars faire un pique-nique. Où vas-tu et que manges-tu ? Recopie cette phrase puis écris ta réponse. Hum… Un peu perverse cette question Monsieur le professeur de CE1. À cela mon fils d’à peine 8 ans répond qu’il ne peut pas partir faire un pique-nique puisqu’il n’y a pas d’attestation pour cela. Le jogging débutait mal. Cela promettait néanmoins de bonnes suées. Bien heureusement, l’imagination elle n’a pas été confinée. Lazare a donc pique-niqué à Trentemoult. Avec ses copains à 1m50 de distance. Ensuite, grammaire. Trouve le sujet et le verbe, dans la phrase : Aujourd’hui, mes parents ne travaillent pas. Décidément, l’instituteur a beaucoup d’humour. Ce qui fait bien rire mon fils qui précise « aujourd’hui, mais demain et après-demain aussi ».

Bientôt midi. J’en ai déjà marre. Lazare aussi. Et il reste les mathématiques. Mince j’ai oublié la récré. Je me fais un café. Je passe à mon ado qui bûche sur son bac blanc de français. Elle n’arrive pas à rédiger son introduction. Je commence par lui donner des conseils puis dans mon élan je finis par la rédiger. Déjà 13h et je n’ai toujours pas préparé le déjeuner. Les mathématiques attendront demain. La journée et les suivantes ont continué ainsi, sans jamais respecter le programme que je m’étais fixé. Mais en tout cas, on s’est autant amusés qu’agacés. Semaine 4, je reçois un mail de monsieur le professeur. “Attention, je ne suis pas là pour vous surveiller mais bel et bien pour vous accompagner et maintenir le lien. Alors, comme dirait Coluche, on compte sur vous ». J’ai eu envie de pleurer et de lui faire un bisou.

Doit-on absolument faire son pain soi-même pour « réussir » son confinement ?
La question culinaire est dans toutes les bouches, ou presque. Comment trouver de nouvelles idées et varier les plaisirs jusqu’au 11 mai. N’étant habituellement pas à court d’idées de recettes, au bout de deux semaines, je me trouve tétanisée, en panne totale d’inspiration. Les internets devraient me sauver. Je pars donc en pays Instagram et Pinterest, la fleur de sel au fusil. Et là, stupeur et tremblement. Des pains partout, des petits, des gros, des blancs, des complets, sans gluten, sans effort, etc.

Le miracle de la multiplication des pains est là. Pourquoi tout le monde se met-il à faire du pain ?! Sur les réseaux sociaux, a.k.a. « la vraie vie » en période de distanciation sociale, le monde semble désormais se diviser en deux catégories. Celle qui fait son pain main et en parle abondamment. Et celle qui se demande « Pourquoi ? ». Au départ, des réponses simples surviennent : parce qu’il est déconseillé d’aller à la boulangerie tous les jours, parce que ça occupe les enfants, parce que le pain de mie c’est nul. Mais si on poursuit le raisonnement, l’être humain confiné éprouverait-il un irrépressible besoin de pétrir, et surtout de poster le résultat de son travail d’apprenti boulanger ? Faire savoir son nouveau savoir-faire. Pour montrer peut-être que l’on coche toutes les cases du parfait confinement.

Faisant fi de ces cases, et me disant que si tout le monde se met à faire son pain, qu’adviendra-t-il de nos petits artisans boulangers, je décide de ne pas mettre la main à la pâte à pain. Mon boulanger m’en a remerciée. Finalement, quelle importance de réussir ou de rater son confinement. L’important est probablement d’essayer de traverser cette crise avec optimisme et légèreté. Tout en ayant en tête que nous sommes des privilégiés. Pensées sincères pour les moins chanceux et tous les confinés.

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