7
octobre
2019

UNE FEMME DE CARACTÈRE(S)

Il se trouve un lieu d’exposition à Nantes qui déborde de vie et d’activités créatrices. Il y flotte un parfum d’encre et de bois comme une odeur de plomb et de papier. BIGRE a rendez-vous au Musée de l’imprimerie avec Paule Desaunettes, seule figure féminine au milieu d’un univers d’hommes et de machines.

Jouxtant la Médiathèque J. Demy, il faut monter une volée de marches et franchir une simple porte avant que la magie du lieu opère. Ici, c’est 500 ans de communication et de tradition qu’on contemple ! Mais avant d’être un conservatoire des techniques et des machines, c’est d’abord un musée vivant. Là, les collections peuvent être touchées, manipulées, servir votre créativité et prolonger votre discours. En plus, c’est un lieu d’exposition. Dans le corridor qui sert de galerie, des artistes illustrateurs ou typographes confirmés viennent accrocher leurs œuvres. À chaque fois, c’est un savoir-faire différent qui est mis à l’honneur. Des techniques de gravure aux méthodes associées à la fabrication d’un livre, vous l’aurez compris, ici tout est question de transmission et de découverte. Celle qui vous accueillera est une femme enjouée et passionnée comme tous les membres qui font vivre le lieu. Paule Desaunettes est une sorte d’attachée de presse qui accueille le public comme les artistes. Polyvalente à souhait, elle est à la fois administratrice et comptable, commerciale et responsable de la communication. C’est une figure à part car, contrairement à ses 4 autres collègues, elle n’est pas du milieu. À 50 ans, Paule qui n’avait jamais travaillé, a poussé les portes du musée et a trouvé sa voie. Jusqu’alors elle était femme au foyer et s’engageait dans des associations de parents d’élèves. Une fois les enfants grands, elle s’est trouvée en manque d’activités. L’association Pro Arte Graphica qui gère en partie la structure, cherchait alors des bénévoles. Une amie typographe l’a invitée à les rejoindre pour donner le coup de main.

Je suis venue par hasard et je ne suis plus jamais repartie !

Sa bonne volonté et sa curiosité ont fait le reste et le poste s’est créé !  Elle le dit avec pudeur et reconnaissance « J’ai tout appris ici, et je dois beaucoup au musée ». Toujours prompte à le mettre en avant, elle aimerait davantage de publicité autour des événements qui s’y déroulent. Comme le concours d’affiches qui s’organise avec les écoles de design depuis 13 ans. C’est tout le paradoxe d’un lieu muséal qui tourne autour de l’écrit et de la communication, d’un lieu public qui manque… de pub ! Mais c’est aussi la limite d’une structure associative : les budgets restent limités. Le lieu bénéficie cependant de nombreux dons. Chaque jour, une poignée de bénévoles briquent des machines entreposées dans un hangar et qui ne demandent qu’à être remises en marche ! « C’est l’espace ici qu’il faudrait agrandir !» déplore notre hôte. « Un temps il a été question d’annexer le rez-de-chaussée de la Médiathèque mais le projet est resté dans les cartons. » Étant donné la fréquentation et l’attrait que représente le lieu, on peut comme elle s’en lamenter.
Car il est vrai que l’atmosphère qui règne ici est toute particulière. Est-ce le buste de Gutenberg qui trône dans l’atelier et impose le respect ou la présence de ces presses chargées d’histoire ? C’est un tout, et Paule en est bien consciente. Étrangement, elle avoue qu’elle ne rentre que rarement dans cet antre ! « Ici c’est chasse gardée… il y a beaucoup de caractères ! » glisse-t-elle avec malice pour désigner ses collègues. Elle, qui est à la naissance des projets, avoue sa petite frustration à ne pouvoir découvrir les œuvres se faire en temps réel. « Moi aussi j’aimerais mettre les mains dans le cambouis, mais j’ai trop de respect pour tous ces outils, ces machines, ces gestes que je ne maîtrise pas ». Paule se verrait bien encrer les planches, dessiner sur la pierre et actionner les presses et reconnaît sa chance d’avoir découvert cet endroit. « Imaginez que je ne connaissais rien à l’imprimerie, et qu’on m’a laissé ma chance, à moi une femme de cet âge ! » Mais c’est sans doute parce qu’elle n’a jamais cessé de regarder de l’avant et de vouloir apprendre qu’elle aura su y faire sa place.

Ann Daloune

// Musée de l’imprimerie, Nantes. Entrée 7 €. → musee-imprimerie.com

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