18
février
2020

Félines

+ 14 ANS

- Stéphane Servant
- Rouergue, doado / épik
- Août 2019

Si Stéphane Servant nous avertit en préambule qu’il ne s’agit pas d’une fiction, c’est que l’auteur s’implique et croit en son récit. Et c’est ce qui nous arrive à la lecture de ces quatre cent pages : nous y croyons.

Dès cette promesse, dès les premières confidences de Louise, nous sommes et resterons à son écoute, tour à tour curieux, inquiets, émus, heurtés, empathiques, bouleversés. Se peut-il qu’un auteur puisse aussi justement revêtir les traits d’une adolescente, blessée, cabossée et dépeindre avec tant de lucidité une société sur le point de déraper ? Stéphane Servant joue de nouveau les chamanes et habite ce texte avec une sincérité déconcertante, si bien que le fantastique nous semble soudain bien réel. Alternant les flash-back, les apartés et le contexte actuel, le témoignage de Louise s’annonce comme un sacrifice, une révélation, un ultime appel à lever les yeux, à revivre des heures sombres pour enfin redresser la tête et espérer à nouveau.

Félines est le récit de Louise, de ses camarades de lycées, de sa famille, de Tom, d’un accident, d’un corps meurtri et bientôt transformé par la mutation. Personne ne sait quand ni qui précisément fut touché par la mutation en premier mais peu à peu, toutes les adolescentes furent concernées. Les filles uniquement. Les poils apparaissaient d’abord par zone, et rapidement le corps entier se couvrait d’un pelage, puis bientôt d’une odeur et d’une allure de félin. Rejet, discrimination, exclusion, elles ne seront épargnées de rien, ni de la méfiance dissimulée de certains, ni de la violence exacerbée des autres. Lynchage sur les réseaux sociaux, harcèlement, suicide, meurtre, enfermement, les tentatives pour diaboliser et contrôler les « félines » surgiront de partout : de la population, d’entités religieuses, du gouvernement, entraînant une dérive autoritaire, raciste, ultra-violente mais avec elle des formes contestataires et de résistance.

De plus en plus nombreuses, puissantes, militantes et sœurs, affrontant et assumant leurs différences, les « félines » sont-elles le symbole de la fin d’un monde ? Les clins d’œil aux sujets de société ne manquent pas, comme les enjeux féministes qui semblent porter le récit d’un bout à l’autre et donnent à ce texte une force inouïe.

Lucie CHARRIER

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