Une statistique brute, un chiffre qui claque : certains agents infectieux responsables de maladies sexuellement transmissibles tiennent bon sur nos vêtements, parfois plusieurs jours durant. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies l’affirme : la Chlamydia trachomatis, le virus de l’herpès ou encore la gale peuvent survivre sur des tissus non désinfectés. On entend souvent que chiner dans les rayons de friperies ne présente aucun risque, mais la réalité est plus nuancée. Même rare, la transmission indirecte par les vêtements d’occasion existe.
Devant ce constat, les autorités sanitaires haussent le ton : le nettoyage ne doit rien laisser au hasard. N’imaginez pas que votre lessive habituelle suffira toujours. Certaines bactéries, virus ou parasites exigent des méthodes de lavage précises, validées par les spécialistes en hygiène.
Pourquoi les vêtements d’occasion peuvent présenter des risques pour la santé
La seconde main ne connaît pas la crise : 7 milliards d’euros pour le secteur en France, selon ENOV, et une croissance annuelle de 15 %. Économie, écologie, éthique… les motivations abondent. Mais derrière le plaisir de la bonne affaire, un angle mort : les vêtements d’occasion exposent à des risques sanitaires souvent ignorés, surtout sans lavage préalable.
Voici les types de micro-organismes capables de s’inviter dans les fibres textiles et de voyager d’un propriétaire à l’autre :
- Bactéries pathogènes
- Champignons
- Virus
- Parasites
Des études ont mis en évidence sur des vêtements non lavés la présence de bactéries résistantes aux antibiotiques, telles que Staphylococcus aureus ou Escherichia coli. Le microbiote cutané, l’ensemble des micro-organismes à la surface de la peau, peut aussi passer d’un porteur à l’autre via le linge, avec la possibilité d’introduire des germes opportunistes dans un nouveau foyer.
Le risque se fait plus pressant pour les personnes immunodéprimées. Gale, poux, mycoses cutanées, voire virus gastro-intestinaux peuvent se transmettre par des textiles mal nettoyés. Plusieurs pays européens ont déjà émis des avertissements : le linge d’occasion n’est pas uniquement synonyme de geste écoresponsable, il peut aussi devenir une porte d’entrée pour des infections.
Contrairement aux vêtements neufs, soumis à des contrôles industriels stricts, ceux de seconde main échappent aux mêmes exigences. Et la durée de vie des agents pathogènes sur textile n’est pas anodine : jusqu’à 72 heures pour le sarcopte de la gale, par exemple. Miser sur la prévention reste la seule option pour allier économie circulaire et préservation de la santé.
MST et infections : démêler le vrai du faux sur la transmission par les textiles
Le risque de MST en achetant des vêtements d’occasion suscite beaucoup de fantasmes. Il est temps de clarifier. Les infections sexuellement transmissibles (IST) comme le VIH, l’herpès ou la syphilis ne franchissent pas la barrière des tissus : elles nécessitent un contact intime, direct, entre muqueuses ou par le sang. Même un vêtement souillé peine à servir de relais à ces agents infectieux.
Les véritables coupables s’appellent autrement. Parasites comme la gale, poux, punaises de lit prospèrent grâce à la porosité du tissu. Le sarcopte responsable de la gale tient jusqu’à 72 heures hors du corps, suffisamment pour contaminer un vêtement. Les punaises de lit se cachent dans les fibres, les coutures, et s’introduisent dans les intérieurs via un simple t-shirt ou un manteau chiné. La gale passe d’un individu à l’autre non seulement par contact cutané, mais aussi via le linge, la literie ou les serviettes.
Côté bactéries et champignons, la prudence s’impose : Staphylococcus aureus, Salmonella, Escherichia coli ou Candida survivent suffisamment longtemps sur les fibres pour poser problème. Les virus digestifs comme norovirus ou rotavirus s’accrochent aux textiles et peuvent provoquer des transmissions au sein d’une même famille après manipulation de vêtements contaminés. La transmission directe de MST par textile reste rarissime, mais les infections cutanées et infestations parasitaires sont les véritables risques à surveiller sur le marché de la seconde main.
Pour illustrer, trois menaces principales sont identifiées par les spécialistes :
- Gale : le sarcopte responsable tient jusqu’à 72 heures sur les vêtements
- Punaises de lit et poux : infestations régulières lors d’achats de seconde main
- Bactéries et champignons : transmission favorisée par une hygiène insuffisante
Les méthodes de lavage qui protègent vraiment contre les agents pathogènes
S’offrir une pièce vintage, oui, mais à condition de ne pas négliger le nettoyage. Les vêtements issus de la seconde main peuvent héberger bactéries pathogènes, champignons, virus ou parasites, comme l’ont démontré plusieurs études sur des lots non lavés. Oubliez le rinçage rapide : seul un protocole rigoureux permet d’éliminer efficacement ces indésirables.
La méthode préconisée par les experts est claire : un lavage à 60°C pendant 30 minutes s’avère redoutable contre la plupart des germes, y compris œufs de gale et de punaises de lit. Pour les textiles délicats, la congélation à -18°C pendant 72 heures se pose en solution alternative, particulièrement contre les parasites. Utilisez un détergent bactéricide et lavez séparément chaque nouvel achat, afin de limiter tout risque de contamination croisée.
Pour renforcer la désinfection, le sèche-linge offre un atout supplémentaire grâce à la chaleur prolongée. Un repassage à 60°C parachève le travail, notamment pour les tissus épais. Certains professionnels emploient des produits ciblés, à l’image du Sereni-d utilisé contre les punaises de lit.
Voici les pratiques à appliquer pour désinfecter efficacement vos vêtements d’occasion :
- Lavage à 60°C : élimine la majorité des bactéries, champignons, virus, parasites
- Congélation : méthode adaptée aux textiles fragiles
- Sèche-linge et repassage : actions complémentaires contre œufs et larves
Chaque vêtement de seconde main devrait être lavé séparément dès l’arrivée à la maison. Ce geste protège les plus vulnérables, notamment les immunodéprimés, et prévient la dissémination d’agents infectieux dans l’entourage.
Ce que recommandent les experts pour acheter et porter des vêtements de seconde main sans danger
Les médecins, hygiénistes et microbiologistes s’accordent sur un point : chaque nouveau vêtement issu du marché de la seconde main doit être traité avec la même rigueur. Le Dr Gérald Kierzek, urgentiste, conseille systématiquement le lavage à 60°C pour tout vêtement ou linge acheté en friperie, brocante ou sur une plateforme spécialisée. Privilégiez ce nettoyage avant tout contact avec la peau, surtout pour les vêtements portés à même l’épiderme. Séparez ces textiles du reste de votre linge pour éviter toute propagation de pathogènes.
Pour les tissus fragiles qui ne supportent pas la chaleur, la virologue Océane Sorel recommande la congélation à -18°C pendant 72 heures. Cette technique vise parasites et œufs de punaises de lit. Jean-Pierre Cattelan, cordonnier, attire l’attention sur les chaussures d’occasion : un passage à l’alcool ou à l’acétone désinfecte semelles et doublures, et nul ne devrait jamais emprunter ni prêter ses accessoires personnels.
Au sein des associations et centres d’accueil, mettre en place un protocole strict s’impose : lavage systématique, information sur l’hygiène, accompagnement des publics fragiles. Les plateformes en ligne telles que Vinted, Leboncoin ou Vestiaire Collective ouvrent grand les portes du marché, mais l’hygiène reste la responsabilité de chaque acheteur.
Les principales précautions à suivre sont les suivantes :
- Lavez à haute température ou congelez selon la matière
- Désinfectez chaussures et accessoires
- N’échangez pas bonnets, écharpes ou sous-vêtements
- Sensibilisez et formez les personnes concernées
La microbiologiste Primrose Freestone insiste : la vigilance doit demeurer intacte, surtout pour les personnes fragiles ou en situation de précarité. Adopter ces gestes, c’est garantir à chacun le plaisir de la mode circulaire sans sacrifier sa santé. Qui aurait cru qu’un simple t-shirt vintage dissimule autant de questions ?


